Home Economie Scandale à la Poste du Gabon : Alfred Mabika (ex-Pdg) accuse l’Etat...

Alors que le pouvoir gabonais se prépare à renouer le dialogue avec l’opposition dans un contexte de contestation des résultats de la présidentielle, l’affaire de la Poste du Gabon refait surface et risque fort de polluer l’environnement politique. Pour répondre à ses détracteurs et au « lynchage médiatique » dont il fait l’objet, l’ex patron de cette société d’Etat et ancien ministre, Alfred Mabika-Mouyama, vient de sortir un livre « vérité » pour expliquer les « Controverses et manipulations politiques » qui ont conduit à son limogeage.  

Débarqué en octobre 2015, Alfred Mabika-Mouyama aura attendu seize mois environ avant de rompre enfin le silence après une tempête d’accusations qui s’est abattue sur sa personne et a été relayée par les médias gabonais. Il a choisi d’écrire un ouvrage de 420 pages présenté à la presse ce jeudi 16 février à Paris pour livrer « sa part de vérité » sur la gestion de cette société dont il dit avoir contribué à en faire un des fleurons du pays.

Intitulé « La Poste au Gabon, controverse et manipulations politiques » et paru cette semaine aux Editions du Silence, ce livre ébranle déjà le pouvoir gabonais, selon la presse locale. Cela se comprend d’autant plus que l’ex patron de la Poste fait des révélations troublantes et met en cause l’Etat gabonais ainsi que l’actuel Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet.  Ce qui pourrait bien en faire une affaire d’Etat.

Dans sa contre-attaque, il accuse le chef du gouvernement d’Ali Bongo, alors ministre du Budget à l’époque des faits, d’être à l’origine de l’hémorragie financière et du détournement des subventions de l’Etat. Le préjudice s’élèverait à près de 15,24 millions d’euros ! « S’agissant des subventions, explique-t-il, elles ont été amputées et détournées de leur destination initiale par le ministre du Budget de l’époque qui a signé le 16 juin 2011 un protocole d’accord avec Internet-Gabon (société avec laquelle La Poste était en litige) dans le dos de la Poste. »

Dans le litige qui a opposé La Poste SA et la société Internet-Gabon à propos des subventions versées à cette structure à l’insu du PDG de La Poste, l’auteur accuse l’actuel Premier ministre d’avoir trompé la justice. « Pour comprendre comment le ministre Issoze-Ngondet a trompé le tribunal, il suffit d’ouvrir le protocole d’accord pour constater que, contrairement à ce qui est écrit par les juges, La Poste SA n’a signé aucun accord transactionnel. »

L’auteur dénonce un mécanisme de « spoliation » mis en place par l’ancien ministre du Budget qui userait par la même occasion de subterfuges pour se couvrir et lui faire porter le chapeau des fuites de ces subventions. Pour lui, il n’y a aucun doute, si détournement il y a eu, il faut aller chercher du côté du Premier ministre. Alors, il s’interroge : « M. Issoze-Ngondet aurait-il mis en place tout un habile système de détournement de fonds et d’utilisation frauduleuse des subventions prévues au budget de l’Etat ? »

Dans cet ouvrage de vérité, l’auteur ne manque pas non plus de mettre le doigt sur la responsabilité de l’Etat gabonais dans le redressement de l’entreprise. Selon lui, La Poste a été victime d’« une crise de trésorerie, une crise artificielle voulue et organisée par l’Etat. »

Il en veut pour preuves, « la lenteur dans la prise de décision, détournement des subventions, incitations des clients à retirer leurs dépôts pour affaiblir la trésorerie de Postbank, gel des fonds, accumulation d’une dette de 100 milliards de francs CFA vis-à-vis de La Poste. » Au plus fort de la crise, « l’Etat n’a ni couvert les avoirs des épargnants ni libéré un seul centime du capital de la Poste SA et de Postbank », explique-t-il.

Interrogé sur les conséquences de la publication de son ouvrage, il ne cache pas sa crainte pour sa vie et celle de ses proches. Selon l’auteur, avant même la sortie de cet ouvrage « vérité », les services de renseignement gabonais se seraient saisis de cette affaire pour stopper sa parution. « J’apprends que les services de renseignements interrogent ma famille et mes proches. Que veulent-t-ils ? Les livres ! Les agents disent avoir des extraits. Ils soutiennent que je dis « du mal du Président » : « Ces livres ne doivent pas sortir », « on va les interdire », « on va tuer les livres avant qu’ils ne sortent ». « On va le tuer, on a les moyens de l’atteindre ». Eh bien, je suis prêt à mourir pour mon Livre », relate-t-il dans les colonnes d’un journal gabonais en ligne (info241.com).

Celui qui fut successivement ministre du Commerce et de l’Industrie puis de la Jeunesse et des Sports d’Omar Bongo, et très proche de son fils, Ali Bongo, aujourd’hui au pouvoir pour un second mandat, dit avoir sollicité son arbitrage au nom de leur amitié avant et après son limogeage à la tête de Gabon Poste SA. Le silence du président de la République l’aurait laissé perplexe.

C’est pourquoi, il conclut en ces termes : « Je pense que Monsieur Ali Bongo Odimba est président de la République maintenant. En accédant au sommet de l’exécutif, il s’est coupé de nombreuses amitiés. Un Président n’a plus d’amis. C’est ce que je retiens. »

Alfred Mabika a présenté au cours de sa conférence de presse un deuxième ouvrage intitulé « Du cœur à l’ouvrage », une autobiographie publiée chez le même éditeur.