Home Politique Réconciliation du pays Wê : L’appel de Paris du député Simon Doho

Invité par l’Ong « Action diaspora Wê », le nouveau député de Zibiao-Tahouaké, localité de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, Simon Doho, a animé une conférence publique ce samedi 4 mars à Paris pour présenter à sa communauté vivant en France son ambitieux projet de bâtir « le pays Wê ensemble ».

 « Nous voulons que le pays Wê devienne une force pour la Côte d’Ivoire. Nous sommes pour le développement de notre région. Mais pour y arriver, nous devons cultiver la fraternité et nous réconcilier d’abord », a déclaré d’emblée le député nouvellement élu sous l’étiquette « indépendant » du plus grand canton du département de Bangolo de la Région du Guémon devant la diaspora venue très nombreuse l’écouter.

Expliquant le fond de sa pensée, Simon Doho a indiqué que « la paix précède tout développement » et qu’il y a urgence à agir et à créer les réelles conditions du « Vivre ensemble » au moment où la cohésion sociale et l’entente entre les populations Wê (autochtones) et les autres communautés notamment ivoiriennes (allochtones) et celles issues de l’immigration burkinabè, malienne et guinéenne (allogènes) vivant dans cet espace, sont sévèrement remises en question. Les conflits fonciers et les affrontements intercommunautaires y sont d’ailleurs très fréquents. « La question de terre est devenue la cause de nombreux massacres qui endeuillent nos populations », déplore-t-il.

Comment remédier à ces conflits qui perdurent depuis au moins deux décennies malgré les nombreuses tentatives des autorités administratives et politiques pour ramener le calme ? Le député Simon Doho dit avoir la solution. Il propose un projet baptisé « le Pays Wê ensemble » pour ramener la paix dans la région. C’est cette vision qu’il est venue partager avec la diaspora Wê de France autour du thème : « le pays Wê face aux défis du développement ».

Pour le conférencier, il faut créer les conditions du dialogue entre les communautés qui se regardent depuis des lustres en chiens de faïence. Condition sine qua none, selon lui, pour désamorcer cette « bombe sociale ». Il a pris comme exemple, la « Maison de la fraternité » construite à son initiative à Duékoué, d’un coût de 100 mille dollars financée par l’Onuci, aujourd’hui siège du Conseil de paix des chefs traditionnels et des communautés du Guémon. « Ce cadre, explique-t-il, est le creuset du dialogue permanent entre toutes nos communautés, pour régler les différends, mieux informer nos différentes couches sociales sur les questions importantes comme celle du foncier, anticiper sur nos difficultés, organiser les échanges entre nos communautés, parler de la même voix devant nos autorités. »

Selon le nouvel élu de la région, la situation s’est encore aggravée ces derniers temps avec l’arrivée massive des populations déguerpies du Mont Peko. Ce sont près de 52 000 personnes déplacées (femmes, hommes et enfants) qu’il a fallu repartir dans les différents villages environnants sans pour autant créer les conditions de leur accueil. Ce qui pose, bien évidemment, des problèmes d’ordre sanitaire, environnemental et surtout de cohabitation pour la simple raison que les populations n’y étaient pas préparées. Que dire alors de l’insuffisance criarde des infrastructures de base ?

« Devant l’ampleur de la situation, fait-il savoir, j’ai demandé un plan d’urgence aux autorités pour que les populations déguerpies soient prises en charge. Aujourd’hui, c’est chose faite ».

Poursuivant dans la même veine, le député Simon Doho a évoqué son scepticisme de voir les campements se démultiplier dans la région. Il a dit s’être opposé à une demande de création d’un campement burkinabè dont il avait été saisie par la chefferie. C’est avec beaucoup d’hardiesse et d’adresse qu’il aurait réussi à les dissuader à abandonner leur projet et à choisir de s’intégrer tout simplement. Selon les explications données par le député, ce communautarisme symbolisé par la multitude de campements communautaires et ethniques, si l’on le laisse prospérer, constitue au contraire un danger. Car, il est synonyme d’un repli identitaire et donc un frein à l’intégration. Il en conclut que ce mode de vie en « autarcie » est un véritable obstacle à l’idée du « Vivre ensemble » prônée par le président de la République Alassane Ouattara.

« Je leur ai plutôt conseillé, précise-t-il, de venir vivre avec leurs frères Wê pour partager le cadre de vie qui est offert à tous. Mieux, j’ai demandé qu’ils soient représentés au sein du conseil du village pour les impliquer dans les prises de décisions. Ce qu’ils ont accepté ».

Soucieux de bâtir un « Pays Wê ensemble », le conférencier a également fait un large éventail des autres problèmes qui minent la cohésion sociale et a exhorté les cadres, les élus, les populations et la diaspora à s’impliquer dans ce projet et à s’y investir à l’échelle de la région pour que le Guémon redevienne cet havre de paix qu’il était jadis.  « C’est à nous, lance-t-il, d’impulser le développement par des actions communes et concertées. Mais, il faudra créer au préalable les conditions d’une unité retrouvée…Nos diversités culturelles, ethniques, religieuses, politiques mise ensemble dans un même élan de solidarité constitueront le socle de notre unité dans la diversité ».

L’occasion de cette rencontre était aussi belle pour lever tout équivoque sur ses réelles ambitions à venir après avoir remporté la députation du Grand Zibiao. L’ex Dga de la Sotra, a déclaré en substance que « pour avoir servi à des fonctions très envieuses en Europe et dans le monde, je ne recherche aucun titre encore moins un poste quelconque. Je suis certes député mais je ne suis pas un politicien. Je suis un homme d’action et donc un agent du développement ». Une façon pour lui de couper court à toute supputation ou mauvaise interprétation de ce rendez-vous honoré avec la diaspora Wê de France.

Rappelons qu’à cette rencontre de Paris, le député Simon Doho avait à ses côtés Arsène Vaho, un haut cadre du Guémon en poste à la mairie de Yopougon qui a expressément fait le déplacement à Paris pour soutenir le conférencier et participer par la même occasion à cette réunion d’information et de sensibilisation.