Le conseil constitutionnel a invalidé la candidature aux élections législatives d’octobre prochain de quarante deux dignitaires du dernier gouvernement du président Blaise Compaoré. Cette décision a été rendue publique le 25 août 2015 à Ouagadougou.

La décision du conseil constitutionnel frappe surtout les cadres de l’ancien parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) notamment son président et son vice président, la Nouvelle alliance du Faso (NAFA), quelques partis de l’ancienne mouvance présidentielle. Le président de l’ADF-RDA (Alliance pour la démocratie et la fédération /Rassemblement démocratique africain) Maitre Gilbert Noel Ouédraogo est également disqualifié pour les législatives ainsi que deux leaders de partis membres de la mouvance présidentielle de l’époque et anciens ministres : Amadou Diemdioda et Toussaint Abel Coulibaly
Cette décision fait suite à un recours en invalidation introduit par un citoyen burkinabè contre les intéressés, se fondant sur une disposition du nouveau Code électoral burkinabè, interdisant d’élections tous ceux qui auraient soutenu le projet de modification de l’article 37 de la Constitution pour permettre à Blaise Compaoré de rester encore au pouvoir une quinzaine d’années. La cour de justice de la CEDEAO avait pourtant, dans un arrêt, remis en cause cette disposition du Code électoral.
Le 13 août dernier, le président du CDP, Eddie Komboïgo avait affirmé qu’il n’y aurait pas d’élection si son parti était exclu des scrutins à venir. La Nouvelle alliance du Faso (NAFA), avait, elle, déclaré à l’époque n’être pas concernée par ce recours et invité néanmoins ses militants et sympathisants à rester à l’écoute d’un éventuel mot d’ordre.
Un regroupement de partis politiques dénommé le Groupe du 9 avril avait également exigé des élections inclusives dans une déclaration parue la semaine dernière. «Nous n’admettrons aucune invalidation d’une quelconque candidature fondée sur les disposions de l’article 135 du code électoral adoptée le 7 Avril dernier, au mépris d’une décision de justice d’une juridiction supranationale intimant l’ordre à l’état burkinabé de lever tout obstacle à la libre participation de tout citoyen Burkinabé aux prochaines élections couplées.», avait-il menacé.
Les réactions des partis politiques à cette nouvelle donne politique sont donc très attendues, à moins de trois semaines du début de la campagne des élections couplées présidentielle et législatives. De même qu’est également attendue la décision du conseil constitutionnel sur le recours introduit contre l’inéligibilité de certains candidats à la présidentielle.

L’avion d’Air Burkina avec à son bord Dadis Camara, l’ex chef de la junte militaire guinéenne, Me Jocamey Haba, son avocat et son aide de camp, a été interdit d’atterrir sur le sol ivoirien. Parti de Ouagadougou pour Conakry avec une escale à Abidjan, c’est finalement à  Accra au Ghana que s’est retrouvé le futur candidat à l’élection présidentielle guinéenne.

Avant que le Conseil constitutionnel ne rende public la liste des candidats retenus pour la course à la présidentielle, des réactions comme celle du «Groupe de l’Appel du 9 avril contre l’exclusion », fusent.

Dans une déclaration rendue publique le 20 août dernier à Ouagadougou, le Groupe de l’appel du 9 avril, constitué de partis de l’ex-majorité et d’autres formations politiques, réaffirme sa position pour des élections inclusives, et demande la mise en œuvre immédiate de l’arrêt de la Cour de Justice de la CEDEAO.

En effet, l’étape de la validation des candidatures est cruciale et décisive. Car, elle devra confirmer ou infirmer «le caractère inclusif ou non de la transition en cours ». Ils ont dit leur attachement à la Charte de la transition et ont invité tous les acteurs politiques à œuvrer pour une transition inclusive, saine et des élections transparentes, crédibles et apaisées. Les partis et organisations signataires de ladite déclaration ont exprimé leur profonde inquiétude quant au sort réservé à l’arrêt de la Cour de Justice de la CEDEAO à propos duquel le Président de la transition en personne dans un message à la Nation, déclarait que « notre pays en tant que Nation civilisée, se plierait aux injonctions de cette institution dont nous sommes membres à part entière.»

Selon eux, les injonctions de la Cour de justice de la CEDEAO peuvent faire l’objet d’une tentative de contournement par l’exclusion de certains acteurs politiques, des scrutins à venir.

«Nous n’admettrons aucune invalidation d’une quelconque candidature fondée sur les disposions de l’article 135 du code électoral adoptée le 7 Avril  dernier, au mépris d’une décision de justice d’une juridiction supranationale intimant l’ordre à l’état burkinabé de lever tout obstacle à la libre participation de tout citoyen Burkinabé aux prochaines élections couplées.», ont-ils prévenu.

Les signataires disent espérer que « le chef de l’état tiendra parole et que l’Etat burkinabé ne fera pas parjure de cet engagement pris par son premier magistrat. Le cas échéant, il assumera lui-même la responsabilité de toute situation engendrée par sa propre attitude devant Dieu, devant l ‘Histoire et devant le Peuple burkinabè.»

Ce groupe demande au Conseil Constitutionnel, l’institution investie par la loi fondamentale pour résoudre les contentieux électoraux, de faire respecter la Constitution et la Charte de la transition. Il a réitéré son souhait de voir le droit dit en toute impartialité, équité et transparence, dans un esprit républicain.

Le Groupe du 9 avril a indiqué que « c’est pour défendre les droits politiques fondamentaux de tous les citoyens conformément aux dispositions de la Constitution et de la Charte de la transition et pour empêcher toute forfaiture de troubler la paix et l’unité nationale… » qu’il appelle tous leurs militants et sympathisants « à rester vigilants et à se mobiliser dès à présent dans l’attente des résultats des délibérations du Conseil Constitutionnel.»
Il fait appel à la communauté internationale pour qu’elle contribue à faire respecter l’esprit d’inclusion, de paix et de concorde nationale au Burkina.

La presse a annoncé le décès le mardi 25 août 2015 du gendarme burkinabè grièvement blessé par un groupe non encore identifié officiellement mais qui se réclamerait comme membre de la secte islamiste nigériane Boko Haram.
Cet incident aurait eu lieu la veille lors de l’attaque de la brigade de Oursi, dans le sahel burkinabè en début de soirée. Selon un témoin qui se serait rendu sur les lieux, les assaillants étaient au nombre de trois. Ces terroristes lui auraient affirmé, après l’avoir allongé au sol et sous la menace de leurs armes : « c’est nous Boko Haram …». La fille du commandant de la brigade aurait aussi été blessée au cours de cette attaque. Les deux avaient été transférés à Ouagadougou pour des soins plus appropriés.
Le décès du gendarme est le premier du genre sur le sol burkinabè. Cependant une attaque similaire avait eu lieu en avril dernier sur le site minier de Tambao, toujours dans le sahel burkinabè. Cette attaque, jusque-là non revendiquée, s’était soldée par l’enlèvement d’un expatrié de nationalité franco-roumaine et fait un blessé, lui aussi un gendarme.

Selon les autorités burkinabè, cette attaque contre la brigade territoriale de gendarmerie de Oursi, dans la province de l’Oudalan en zone sahélienne, a été signalée dans la nuit du 23 août 2015, aux environs de 19 heures. Elle a fait deux victimes. Un gendarme en service et la fille du commandant de brigade ont été grièvement blessés. Même si les assaillants n’ont pas encore été identifiés, la méthode utilisée ressemble aux pratiques barbares habituelles de la secte islamique Boko Haram.  Le Gouvernement de la transition a aussitôt condamné fermement cette attaque et a annoncé que des recherches ont été entreprises par les forces de défense et de sécurité pour retrouver les auteurs. Dans ce contexte pré-électoral de la présidentielle et des législatives, les autorités ont appelé les populations au calme et ont promis de prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité des personnes et des biens.

Le Directeur de la Conservation et de la promotion du patrimoine culturel burkinabè, Marcellin Zango, a annoncé le mardi 18 août 2015, qu’un appel à candidature est lancé, à toute personne ou groupe de personnes désirant être proclamée Trésor humain vivant (THV) du Burkina Faso.

La mise en œuvre du système des Trésors Humains Vivants (THV) du Burkina Faso, se justifie par le souci de sauvegarder et de promouvoir le patrimoine culturel immatériel national, pour compter de cette année 2015, selon les termes d’une note d’information du ministère en charge de la Culture. Les Trésors Humains Vivants (THV) sont des personnes ou groupes de personnes détenant des savoirs ou savoir-faire et qui incarnent au plus haut point les compétences et techniques nécessaires à la mise en œuvre de certains aspects de la vie culturelle des populations du Burkina Faso et participe à la pérennité de leur patrimoine culturel immatériel, y lit-on.

Toute personne ou groupe de personnes dotée de ces savoirs et/ou de savoir-faire et disposée à les transmettre aux générations futures peut bénéficier de cette distinction et sa candidature peut être soumise par elle ou par tout autre individu ou groupe d’individus avec son consentement écrit. Peu importe l’âge, la nationalité, le nombre, le plus important c’est la qualité du savoir-faire, explique Vincent Sédégo, directeur général du Patrimoine culturel. Il a précisé qu’en dehors de la liste officielle son institution peut, à titre exceptionnelle, attirer l’attention de la commission technique de sélection sur un THV menacé de disparition.

Pour le Pr Albert Ouédraogo de l’Université de Ouagadougou, les peuples africains sont essentiellement des peuples de l’oralité qui ont privilégié la parole et les rapports humains pour la construction et la conservation de leurs patrimoines. « Il s’agit de biens culturels fragiles et fugaces qui peuvent disparaitre définitivement. Ils sont des outils qui ont démontré par le passé leur importance et leur efficacité sociale. Dès lors, les populations ont investi leur foi et leur confiance en en eux pour leur protection, leur survie et leur bien-être», a-t-il expliqué au cours d’une conférence publique.

Ce projet d’identification de Trésors humains vivants du Burkina est la mise en œuvre de la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du Patrimoine culturel immatériel (PCI), adoptée à Paris le 17 octobre 2003, dont le Burkina Faso est partie prenante. Selon l’UNESCO, le patrimoine culturel immatériel comprend : «les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes, et le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel.»

Le patrimoine culturel immatériel est transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine, selon les termes de cette convention de l’UNESCO.

La publication de la liste de ces Trésors humains vivant burkinabè retenus cette année sera faite en décembre prochain à Kaya à l’occasion de la fête nationale de l’indépendance. Cette liste va être élargie tous les deux ans, à en croire le Directeur de la Conservation et de la promotion du patrimoine culturel. Avis donc aux amateurs. Ils devront pour ce faire s’adresser à la Direction générale du patrimoine culturel ou à toute structure décentralisée du ministère de la Culture.

 

 

Le Cardinal (Cdl) Philippe Ouédraogo, Archevêque métropolitain de Ouagadougou, a formulé une série d’exhortations à l’endroit des hommes politiques, pour des élections apaisées lors d’une audience accordée récemment au Front de renforcement de la citoyenneté (FRC).

En se prononçant pour l’une des rares fois depuis l’insurrection populaire de fin octobre 2014 au Burkina Faso, l’Archevêque métropolitain de Ouagadougou, a reconnu qu’il y a eu des « zigzags » dans la conduite de la Transition politique. Mais pour le Cardinal Philippe Ouédraogo, l’essentiel est que cette Transition aboutisse absolument à la mise en place, par le truchement d’élections transparentes, d’un gouvernement « du peuple, par le peuple, et pour le peuple ». A l’étape actuelle du processus de la transition au Burkina, l’homme de Dieu dit souhaiter que les aspirations du peuple soient prises en compte. « Nous souhaitons que les efforts fournis depuis l’insurrection et après la mise en place des organes de la transition soient capitalisés. Car, si la transition échoue, tout le monde aura échoué et tout le monde aura perdu, parce que personne n’échappera à la violence ! ».

Inclusion/exclusion : ce qu’en pense le Cardinal

Au Burkina Faso, les notions d’inclusion et d’exclusion aux prochaines élections générales divisent l’opinion nationale. Pour sa part, le Cdl Philippe Ouédraogo pense qu’il y a des instances habilitées à trancher la question. « Il ne nous revient pas d’anticiper sur les décisions des instances. L’Église catholique souhaite simplement que l’on respecte le principe de subsidiarité ; chaque instance a son rôle », a dit l’Archevêque métropolitain de Ouagadougou. Il a par ailleurs émis le vœu de voir les choses se passer « selon le droit, dans la recherche du bien du peuple, de la paix sociale et de la cohésion sociale qui est un bien suprême pour tout le peuple ». Son appel à l’endroit de ceux qui aspirent à diriger le Burkina Faso a consisté à leur dire que, du point de vue de l’Eglise catholique, l’autorité n’est qu’un don de soi. « Qu’elle soit politique, religieuse, coutumière ou traditionnelle, l’autorité n’est rien d’autre qu’un service. On ne s’investit pas soi-même. C’est parce qu’il y a un troupeau qu’il y un berger », a-t-il dit. Car, conclut-il, « si le peuple burkinabè n’est pas là, on n’a que faire des présidents et des députés ; on n’a que faire des évêques et des cardinaux ; on n’a que faire des imams, etc. ».

 

C’est ce vendredi 21 août à minuit que le Conseil constitutionnel burkinabè a procédé à la clôture de dépôt de candidature de la présidentielle du 11 octobre 2015.

Il était 21 heures (heure locale), lorsque Salvador Yaméogo du Rassemblement des démocrates du Faso (RDF) ressortait des locaux du Conseil constitutionnel burkinabè, ce vendredi 21 août 2015, peu de temps avant l’heure de clôture à minuit. Le candidat du RDF était le 22e et le dernier à s’enregistrer auprès de l’institution en charge de la réception des candidatures. Pendant cette même journée, d’autres candidats l’avaient précédé devant le greffe du Conseil constitutionnel. Ce sont, par ordre d’arrivée, Arouna Dicko du Rassemblement Politique Nouveau (RPN), Ouédraogo Boukary, dit tintin, candidat indépendant, Roland Tondé, président du Parti républicain pour l’intégration et la solidarité (PARIS), et Zon Korotimie Joséphine Maria Gorothy, professeur de linguistique, candidate indépendante et, par ailleurs, la troisième femme à se déclarer candidate après Saran Séré Sérémé et Françoise Toé. Ce sont au total 22 dossiers que le Conseil constitutionnel a réceptionné. En attendant le « challenge » définitif, tous les candidats se disent confiants de voir leur dossier validé. Selon le code électoral, à son article 130, le Conseil constitutionnel arrête et publie la liste des candidats et de leurs parrains dont les attestations ont été validées quarante-deux (42) jours avant le 1er tour du scrutin. Si l’on s’en tient à cette disposition, c’est le 29 août 2015 à minuit, au plus tard, que cette liste devrait être publiée, laissant le choix aux candidats de pouvoir faire des recours dans les délais. Pour le greffier en chef, Me Massmoudou Ouédraogo, l’ensemble du processus de dépôt des candidatures s’est bien déroulé en dépit de la charge du travail. Les 22 dossiers enregistrés seront transmis au Collège du Conseil constitutionnel, qui a à sa tête Kassoum Kambou, pour validation.

 Liste des candidats

Ram Ouédraogo (candidat du RDBEF),

Ablassé Ouédraogo (candidat de le Faso autrement),

Gilbert Noël Ouédraogo (candidat de l’ADF/RDA),

Tahirou Barry (candidat du PAREN),

Eddie Komboïgo (candidat du CDP),

Zéphirin Diabré (candidat de l’UPC),

Roch Marc Christian Kaboré (candidat du MPP),

Jean Baptiste Natama (CPR/MP)

Saran Sérémé (candidate du PDC),

Bénéwendé Sankara (candidat de l’UNIR/PS),

Yacouba Ouédraogo (candidat de l’UBN),

Adama Kanazoé (candidat de AJIR),

Victorien Tougouma (MAP).

Roland Tondé (PARIS)

Salvador Yaméogo (RDF)

Arouna Dicko (RPN)

Candidats indépendants

Djibrill Bassolé

Boukaré Ouédraogo dit Tintin

Françoise Toé

Issaka Zampaligré

Joséphine Korotimi Zon

Gyslain KI

Il est évident que la majorité des Burkinabé était loin de s’imaginer, au soir du 31 octobre 2014, après le départ de Blaise Compaoré, que le pays se trouverait dans l’état où il se trouve à quelques semaines de la fin de la transition politique. La situation socio-politique est caractérisée par une ambiguïté extrême à l’approche des échéances électorales de fin de transition. Autant, au plan matériel, l’organisation est quasi idéale, autant les enjeux politiques permettent de craindre le pire.

La CENI, à son habitude, a réalisé un parcours presque parfait de la préparation des élections présidentielle et législatives du 11 octobre 2015. Les aspects financiers et logistiques ont été assurés et même améliorés, puisque le président de la CENI a déjà annoncé que, de manière inédite, les résultats seront proclamés le lendemain du scrutin. Le dispositif mis en place pour cette performance permet de croire en ces prévisions.

Cependant, les insuffisances administratives et humaines du processus électoral, qui sont en grande partie de la responsabilité des acteurs politiques, font évoquer un risque, de plus en plus précis, d’une crise socio-politique violente avant ou après les élections. Malgré la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO, obligeant l’Etat burkinabé à « lever tous les obstacles à la libre  participation aux élections », il semble bien que l’ambition d’exclure les acteurs de l’ex-majorité de la course au pouvoir à la fin de la transition soit toujours présente chez les forces dominantes de la transition. Le recours de l’UNIR/PS contre certaines candidatures aux législatives présentes dans les listes du MPP, du CDP et de l’UPC, se fonde principalement sur l’article 135 du code électoral instituant l’inéligibilité basée sur le soutien à la modification de l’article 37 de la constitution ayant conduit au soulèvement populaire du 30 octobre 2014. Beaucoup de Burkinabé et d’observateurs sont en position de penser que les juridictions chargées de la validation des candidatures aux élections, en particulier le Conseil constitutionnel, pourraient bien invalider certaines candidatures, notamment à l’élection présidentielle. Du côté de ceux qui courent le risque d’être exclus de la compétition électorale, le ton est monté et une réaction violente à une éventuelle exclusion pourrait être observée.

Le risque de basculement dans un conflit pré ou post électoral est donc bien présent, instaurant un climat de tension sociale et politique assez élevée dans la dernière phase du processus électoral et de la transition. Si la contradiction politique entre l’ancienne majorité et les mouvements du soulèvement populaire est naturelle et facile à comprendre, par contre, la dégénération prévisible de la situation socio-politique et sécuritaire, du fait de l’exclusion, est si évidente que l’obstination à vouloir appliquer une vision partiale du Burkina Faso post transition semble suicidaire. La législation de la transition est clairement restée figée dans le vent du soulèvement populaire qui portait effectivement un sentiment fort de changer les termes de la gouvernance politique et du développement du Burkina Faso. Cette aspiration au changement, non seulement n’a pas été concrètement matérialisée par les acteurs les plus pertinents (gouvernement et CNT en particulier), mais a surtout été portée par un sentiment de toute puissance, mais s’est plutôt exprimée dans la volonté de dessiner le pouvoir politique de l’après transition. Cette orientation trouve son fondement dans le sentiment des acteurs de la transition d’être capable de surmonter tous les obstacles intérieurs et extérieurs. Avoir renversé un régime fort, semble un acte si magistral qu’aucune difficulté de conduite de l’Etat ne saurait être au-dessus des capacités des « transitaires » ou des insurgés. Qui peut le plus, peut le moins, pour le moins. Ainsi, la légitimité politique dont se prévalent les organisations politiques qui ont œuvré au soulèvement populaire justifierait qu’elles n’entendent pas lâcher ce qu’elles considèrent comme un avantage historique. Plus les perspectives électorales semblent équilibrées entre les protagonistes, plus les « insurgés » sont déterminés à se faire justice en écartant leurs rivaux des élections. Dans une telle lancée, les améliorations juridiques et institutionnelles pour une démocratie plus achevée n’ont pas été réalisées. Par exemple, le débat obligatoire entre les candidats à la présidentielle pour permettre aux Burkinabé de se faire une idée de la maîtrise par les candidats des dossiers de l’Etat était un pas indispensable à franchir sous cette transition. L’expérience des débats télévisés entre candidats a montré qu’ils influencent énormément le choix des électeurs et inverse parfois les tendances. Ce mécanisme aurait dû figurer dans le code électoral et aurait certainement permis aux acteurs du soulèvement populaire de tirer des avantages politiques et électoraux, en lieu et place de l’exclusion qui crée un sentiment d’injustice chez beaucoup de citoyens qui canalise un appel d’air pour ceux qu’on veut exclure. Cela est un phénomène répandu qui peut être observé au profit de Karim Wade au Sénégal et de Gbagbo Laurent en Côte d’Ivoire. Même quand les acteurs incriminés sont coupables, quand la procédure ou la stratégie donne l’impression d’acharnement, il nait un effet contraire qui bénéficie au persécuté. Par ailleurs, l’exclusion aux élections constitue une grave violation des droits humains (civils et politiques). En excluant un leader politique, c’est toute une population qui est privée de représentation politique, parce que, malgré tout, cette partie de la population a porté son choix porte sur ce leader.

Dans ce face à face tragique, les balises sont claires. Les candidatures majeures attendues à l’élection présidentielle ont toutes été déposées ce 21 août. Ensuite, l’avenir du Burkina Faso sera suspendu à la décision du Conseil constitutionnel. Néanmoins, toute décision du conseil constitutionnel de cette institution, dans le climat actuel, est porteuse de crise. Si les anciens dirigeants sont autorisés à compétir, il y aura une réaction de la part des « insurgés ». Si, au contraire, ils sont empêchés, leurs partisans ouvriront la soupape de la violence.

Dans cette situation complexe, les Burkinabé ordinaires, quelques peu déçus de leur transition, reportent tous leurs espoirs sur les élections qui vont permettre d’avoir des institutions légitimes. Là encore se trouvent des interrogations. Les élections seront-elles véritablement justes, pour une fois ? N’y aura-t-il pas de hold up électoral ? Beaucoup pensent que si, et partant, la notion de transition-transmission est-elle née et fait son petit bonhomme de chemin. Elle signifie que, comme au Niger en 2010 et au Mali en 2012, les militaires de la transition vont remettre le pouvoir à un camp politique afin de couvrir leurs arrières.

Ainsi, le Burkina Faso est en train de glisser lentement vers le box des pays africains qui ont connu des crises armées majeures. Les causes immédiates sont d’origine politique et aggravent des facteurs structurels de fragilité du pays.

Ces facteurs sont : (1) l’affaiblissement des forces de défenses et de sécurité du fait des crises politico-militaires pendant la transition, (2) une situation socio-économique difficile marquée par l’insuffisance de la provision des biens et services publics aux populations, la vie chère et la modicité générale des revenus (pauvreté), (3) l’extrême jeunesse de la population (entre 61% et 75%) combinée au manque d’emploi et de revenus et (4) la proximité de la bande sahélo-saharienne avec des fortes influences du terrorisme sur fond d’islam radical et l’existence d’activités de grande criminalité transfrontalière favorisées par un contrôle quasi inexistant des Etats sur ce vaste espace. Dans un protocole d’analyse des risques sécuritaires, la décision à venir du Conseil Constitutionnel jouera le rôle de trigger (déclencheur).

Jusqu’à présent, les facteurs structurels de fragilité ont été contenus par une efficacité supposée de mécanismes traditionnels de prévention et de résolution des conflits qui parvenaient à éteindre les foyers de tension. L’ampleur relativement maîtrisée des dégâts humains lors du soulèvement populaire en fin 2014 a convaincu les observateurs internationaux que ce pays possède des ressources internes de maintien de la paix dans des conditions difficiles. Néanmoins, les « sages » récemment institutionnalisés par le Président de la transition  n’arrivent pas encore à atténuer les tensions politiques et électorales. Les dieux semblent être tombés sur la tête et le Burkina Faso pourrait très bien expérimenter, dans un proche avenir, un conflit armé autour du pouvoir politique.

La communauté internationale, qui pourrait logiquement constituer le dernier rempart contre la dérive de la stabilité et de la paix, reste engoncée dans ses contradictions habituelles, généralement jusqu’au déclenchement des premières violences. Elle a encore des yeux de Chimène pour ce pays qui a, par lui-même, réglé un des plus importants défis à la démocratie, en gardant l’espoir que les mêmes dynamiques vont l’empêcher de sombrer dans la violence.

 

Siaka Coulibaly

Juriste, analyste politique

Les blessés de l’insurrection populaire d’octobre 2014 au Burkina Faso s’insurgent de nouveau contre les intentions de candidatures des anciens députés et ministres du régime de Blaise Compaoré.

Ces blessés ont donné de la voix le 19 août dernier à l’occasion d’une conférence de presse au cours de laquelle ils ont aussi exprimé un sentiment d’abandon de la part des autorités de la Transition, à un moment où beaucoup d’entre eux sont encore en rééducation.

Ils sont estimés à environ 650, les personnes blessées (par balle pour la plupart) lors de la révolte populaire intervenue en fin octobre 2014 contre le projet de modification constitutionnelle ayant conduit à la déchéance du président Blaise Compaoré qui était en quête d’un nouveau mandat. Plus de 150 d’entre eux résident à Ouagadougou, la capitale d’où ils ont fondé l’Association des blessés de l’insurrection au Burkina Faso (ABIP-BF). Pour Dramane Ouédraogo qui préside l’association, il est « incompréhensible » que ceux qui ont tiré sur le peuple, et ceux qui, « par leur gourmandise du pouvoir ont voulu conduire le Burkina dans le chaos », veuillent aujourd’hui être dans la course pour la gestion du pouvoir politique. En clair, l’association s’oppose à la candidature aux prochaines élections de ceux qui ont été les « véritables auteurs du coup d’Etat constitutionnel », que les insurgés de fin octobre 2014 ont combattu au péril de leurs vies. C’est donc pourquoi les blessés de l’insurrection en appellent « à la sagesse et à raison des juges du Conseil constitutionnel », auprès de qui des recours aux fins d’annulation de certaines candidatures ont été déposés par des partis politiques et des organisations de la société civile.

L’occasion a été mise à profit par les blessés de l’insurrection, pour dénoncer le fait qu’ils ne bénéficient pas de l’attention à laquelle ils étaient en droit d’attendre de la part des autorités de la Transition mise en place au Burkina Faso après la démission du Président Compaoré. « Nous avons frappé à presque toutes les portes et personne ne nous a répondu », a regretté Dramane Ouédraogo. Il reconnait toutefois que seul le Cadre de concertation nationale des organisations de la société civile (CCNOSC) s’est penché sur le sort des insurgés blessés, en leur offrant 150 sacs de 50 kg de riz, une enveloppe de 500 000 F CFA et un compte bancaire accrédité de la somme de 7 millions de F CFA à eux alloué par une bonne volonté.

Près de 10 mois après l’insurrection populaire au Burkina Faso, certaines personnes blessées lors de ces évènements seraient toujours en quête de soins médicaux, a déclaré le président de l’ABIP-BF pour qui les autorités de la Transition devraient être plus attentionnées vis-à-vis de ces hommes et ces femmes qui ont risqué de perdre la vie pour sauver une République en danger.