Invité par l’Ong « Action diaspora Wê », le nouveau député de Zibiao-Tahouaké, localité de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, Simon Doho, a animé une conférence publique ce samedi 4 mars à Paris pour présenter à sa communauté vivant en France son ambitieux projet de bâtir « le pays Wê ensemble ».

 « Nous voulons que le pays Wê devienne une force pour la Côte d’Ivoire. Nous sommes pour le développement de notre région. Mais pour y arriver, nous devons cultiver la fraternité et nous réconcilier d’abord », a déclaré d’emblée le député nouvellement élu sous l’étiquette « indépendant » du plus grand canton du département de Bangolo de la Région du Guémon devant la diaspora venue très nombreuse l’écouter.

Expliquant le fond de sa pensée, Simon Doho a indiqué que « la paix précède tout développement » et qu’il y a urgence à agir et à créer les réelles conditions du « Vivre ensemble » au moment où la cohésion sociale et l’entente entre les populations Wê (autochtones) et les autres communautés notamment ivoiriennes (allochtones) et celles issues de l’immigration burkinabè, malienne et guinéenne (allogènes) vivant dans cet espace, sont sévèrement remises en question. Les conflits fonciers et les affrontements intercommunautaires y sont d’ailleurs très fréquents. « La question de terre est devenue la cause de nombreux massacres qui endeuillent nos populations », déplore-t-il.

Comment remédier à ces conflits qui perdurent depuis au moins deux décennies malgré les nombreuses tentatives des autorités administratives et politiques pour ramener le calme ? Le député Simon Doho dit avoir la solution. Il propose un projet baptisé « le Pays Wê ensemble » pour ramener la paix dans la région. C’est cette vision qu’il est venue partager avec la diaspora Wê de France autour du thème : « le pays Wê face aux défis du développement ».

Pour le conférencier, il faut créer les conditions du dialogue entre les communautés qui se regardent depuis des lustres en chiens de faïence. Condition sine qua none, selon lui, pour désamorcer cette « bombe sociale ». Il a pris comme exemple, la « Maison de la fraternité » construite à son initiative à Duékoué, d’un coût de 100 mille dollars financée par l’Onuci, aujourd’hui siège du Conseil de paix des chefs traditionnels et des communautés du Guémon. « Ce cadre, explique-t-il, est le creuset du dialogue permanent entre toutes nos communautés, pour régler les différends, mieux informer nos différentes couches sociales sur les questions importantes comme celle du foncier, anticiper sur nos difficultés, organiser les échanges entre nos communautés, parler de la même voix devant nos autorités. »

Selon le nouvel élu de la région, la situation s’est encore aggravée ces derniers temps avec l’arrivée massive des populations déguerpies du Mont Peko. Ce sont près de 52 000 personnes déplacées (femmes, hommes et enfants) qu’il a fallu repartir dans les différents villages environnants sans pour autant créer les conditions de leur accueil. Ce qui pose, bien évidemment, des problèmes d’ordre sanitaire, environnemental et surtout de cohabitation pour la simple raison que les populations n’y étaient pas préparées. Que dire alors de l’insuffisance criarde des infrastructures de base ?

« Devant l’ampleur de la situation, fait-il savoir, j’ai demandé un plan d’urgence aux autorités pour que les populations déguerpies soient prises en charge. Aujourd’hui, c’est chose faite ».

Poursuivant dans la même veine, le député Simon Doho a évoqué son scepticisme de voir les campements se démultiplier dans la région. Il a dit s’être opposé à une demande de création d’un campement burkinabè dont il avait été saisie par la chefferie. C’est avec beaucoup d’hardiesse et d’adresse qu’il aurait réussi à les dissuader à abandonner leur projet et à choisir de s’intégrer tout simplement. Selon les explications données par le député, ce communautarisme symbolisé par la multitude de campements communautaires et ethniques, si l’on le laisse prospérer, constitue au contraire un danger. Car, il est synonyme d’un repli identitaire et donc un frein à l’intégration. Il en conclut que ce mode de vie en « autarcie » est un véritable obstacle à l’idée du « Vivre ensemble » prônée par le président de la République Alassane Ouattara.

« Je leur ai plutôt conseillé, précise-t-il, de venir vivre avec leurs frères Wê pour partager le cadre de vie qui est offert à tous. Mieux, j’ai demandé qu’ils soient représentés au sein du conseil du village pour les impliquer dans les prises de décisions. Ce qu’ils ont accepté ».

Soucieux de bâtir un « Pays Wê ensemble », le conférencier a également fait un large éventail des autres problèmes qui minent la cohésion sociale et a exhorté les cadres, les élus, les populations et la diaspora à s’impliquer dans ce projet et à s’y investir à l’échelle de la région pour que le Guémon redevienne cet havre de paix qu’il était jadis.  « C’est à nous, lance-t-il, d’impulser le développement par des actions communes et concertées. Mais, il faudra créer au préalable les conditions d’une unité retrouvée…Nos diversités culturelles, ethniques, religieuses, politiques mise ensemble dans un même élan de solidarité constitueront le socle de notre unité dans la diversité ».

L’occasion de cette rencontre était aussi belle pour lever tout équivoque sur ses réelles ambitions à venir après avoir remporté la députation du Grand Zibiao. L’ex Dga de la Sotra, a déclaré en substance que « pour avoir servi à des fonctions très envieuses en Europe et dans le monde, je ne recherche aucun titre encore moins un poste quelconque. Je suis certes député mais je ne suis pas un politicien. Je suis un homme d’action et donc un agent du développement ». Une façon pour lui de couper court à toute supputation ou mauvaise interprétation de ce rendez-vous honoré avec la diaspora Wê de France.

Rappelons qu’à cette rencontre de Paris, le député Simon Doho avait à ses côtés Arsène Vaho, un haut cadre du Guémon en poste à la mairie de Yopougon qui a expressément fait le déplacement à Paris pour soutenir le conférencier et participer par la même occasion à cette réunion d’information et de sensibilisation.

Mutineries répétitives des militaires, grève des fonctionnaires, colère des élèves et étudiants constituent les ingrédients d’un malaise profond qui paralyse la Côte d’Ivoire depuis le début de l’année 2017.

Le vent de coup d’état qui a soufflé sur la Côte d’Ivoire

C’est dans une atmosphère d’agitation militaire comme un air de coup d’état que le président ivoirien Alassane Ouattara est rentré, dare-dare, le samedi 7 janvier dernier d’Accra où il avait assisté à l’investiture de son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo En effet, pendant les 24 heures écoulées, la plupart des casernes du pays étaient en ébullition. Et pour cause, des militaires mécontents de leurs conditions de travail, de vie, d’avancement dans les grades et de primes non versées avaient usé de leurs armes pour se faire entendre à Abidjan et dans les principales villes du pays, terrorisant les populations et paralysant les activités économiques du pays. Alors exceptionnellement ce jour-là, dans ce climat social très tendu, des précautions particulières avaient été prises pour sécuriser la piste de l’aéroport. L’aéronef présidentiel était-il visé comme cible par les mutins ou simples manœuvres de dissuasion ? Difficile à vérifier dans un contexte où très peu d’information officielle a vraiment filtré. Mais chose curieuse, le chef de l’Etat s’est fait accueillir sur le tarmac par le président de  l’Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro, accompagné de Daniel Kablan Duncan, alors Premier ministre avant sa nomination au poste de la vice-présidence fraîchement crée sous l’ère de la 3e République de Côte d’Ivoire après l’adoption de la nouvelle constitution le 30 octobre 2016. Mine de rien, la scène n’est pas passée inaperçue. Car, elle bouscule les habitudes protocolaires. A l’accoutumée, le président Ouattara se faisait accueillir par le chef du gouvernement et son inamovible ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko, un homme du sérail et de confiance. Comme il fallait s’y attendre, cette image n’a pas manqué de nourrir les supputations et commentaires de tout genre. La rumeur populaire dont la capitale économique ivoirienne est très friande a vite fait le lien entre le mouvement d’humeur des militaires et un supposé plan machiavélique qui consisterait à écarter de la tête de l’hémicycle ivoirien Guillaume Soro. Celui-là même qui a incarné durant une décennie la rébellion dont les combattants constituent aujourd’hui l’épine dorsale des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Ce qui expliquerait cela.

 Une armée encore aux ordres de Soro Guillaume Kigbafori

Les observateurs sont unanimes, cette scène a été savamment réfléchie pour faire passer un message d’apaisement. Celui de montrer aux yeux des mutins et de l’opinion nationale l’image d’une parfaite entente entre le président de la République et le président de l’assemblée nationale (sic !). Le consensus autour de sa personne pour présider pour un deuxième mandat l’assemblée nationale a certainement servi à éteindre le feu. Pouvait-il en être autrement dans le contexte actuel ? Pour revenir aux dispositions prises à l’aéroport avant l’atterrissage de l’avion du Président Alassane Ouattara, Guillaume Soro, lui-même, n’avait-il pas échappé de justesse à un attentat perpétré contre son avion à l’aéroport de Bouaké le 29 juin 2007 ? Le Fokker 100 qui le transportait, avait essuyé les tirs de roquettes et de Kalachnikov au moment de son atterrissage causant la mort de quatre de ses proches collaborateurs et faisant une dizaine de blessés. Cette affaire non encore élucidée fait d’ailleurs partie des énigmes ivoiriennes. Un précédent qui est encore dans toutes les mémoires. Cet énième ras-le-bol de la grande muette n’était donc pas du bluff comme certains ont laissé penser. Avant que le chef de l’Etat ne reprenne le dossier en main, son ministre délégué à la Défense, Alain-Richard Donwahi, était en première ligne des négociations face à des mutins très agités. En dépit de l’instabilité de la situation, il s’était rendu à Bouaké, épicentre de la mutinerie, accompagné d’un petit comité composé du préfet de région, du maire de la localité et du commandant en second de la garde républicaine récemment promu patron de cette unité d’élite, le lieutenant-colonel Issiaka Ouattara dit Wattao, pour tenter de désamorcer le mouvement d’humeur des militaires déterminés à en  découdre avec le pouvoir si leurs revendications n’étaient pas satisfaites.  Le Conseil de défense que le chef de l’Etat a présidé dans la foulée en compagnie de ses « sécurocrates » et élargi à Guillaume Kigbafori Soro, est aussi assez révélateur. Car, le dernier n’y siégeait plus depuis sa prise de fonction à la tête de l’hémicycle ivoirien. De toute évidence, le Pan (président de l’assemblée nationale) comme on l’appelle affectueusement ici, paraissait comme l’interlocuteur qui connaît mieux le dossier pour poursuivre les discussions avec les mutins, sans vraiment trembler. A l’évidence, il demeure encore le vrai patron  de cette armée à deux visages et à forte  dominance de nouvelles recrues issues de la rébellion qui ont servi sous ses ordres lorsqu’il dirigeait les Forces Nouvelles. Cette situation sociopolitique très tendue en ce début d’année 2017 rappelle à certains égards, les événements du 24 décembre 1999 où le régime d’Henri Konan Bédié était renversé par des militaires en colère dans un scénario similaire. C’était le fameux coup d’état du « père Noël » dont le général à la retraite, Robert Guèi, avait porté la lourde responsabilité avant d’être « balayé » du pouvoir à la présidentielle de 2000 contestée par les partisans de Laurent Gbagbo. Le chef de la junte militaire sera d’ailleurs assassiné lors des événements du 18 septembre 2002 marquant le début de la rébellion ivoirienne alors qu’il s’était consacré à une vie politique paisible loin des tintamarres de la grande muette. Le rappel de ces faits historiques est important pour comprendre la volatilité de la situation qui menace la stabilité de la première puissance économie de la zone Uemoa (Union économique et monétaire ouest africaine).

La défaillance des services de renseignement 

Dans l’entourage du chef de l’Etat, l’on s’interroge sur l’efficacité réelle des services de renseignement censés « renifler » le danger, le prévenir et l’anticiper. Comment expliquer que rien n’a filtré le moment des préparatifs de ces mutineries dans les casernes militaires ? Tous les regards sont tournés vers le premier flic de Côte d’Ivoire, le bouillant ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko reconduit récemment à son poste au dernier remaniement à la grande stupéfaction de beaucoup d’Ivoiriens. Or, plusieurs membres de la précédente équipe gouvernementale avaient été sanctionnés, y compris des officiers supérieurs dans les rangs de l’armée, de la gendarmerie et de la police.

Un régime très affaibli Dans ce rapport de force défavorable au pouvoir, c’est le dos au mur que le président Ouattara a été contraint de céder au « chantage » avéré des mutins en acceptant de verser les primes exigées et d’améliorer leurs conditions de vie.  Sous la même pression des mutins, le chef suprêmes des armées qui n’est rien d’autre que le président Ouattara, lui-même, qui détient également le portefeuille de la Défense, a également procédé au limogeage du chef d’état-major des armées, du commandant suprême de la gendarmerie, et du chef de la police. Tous ont été débarqués, manu militari, de leur poste et remplacés immédiatement. Mais ce geste n’a pas suffi à calmer la colère des mutins qui exigeaient en plus des sanctions à l’encontre de leur hiérarchie, des compensations financières individuelles. Et, le moment était bien choisi. Devant le vacillement d’un pouvoir acculé et visiblement dans les cordes, les mutins en ont profité pour faire monter les enchères. La prime initiale de 5 millions de francs Cfa (7 623 euros) exigée par chacun  est passée à 12 millions (18 294 euros) non négociables et payables sous 48 heures.  Initialement, c’était près de 8 400 hommes qui étaient concernés par ces primes. Le gouvernement a dû élargir cette mesure compensatoire à l’ensemble des soldats qui n’avait pas touché leur magot entre la période de 2007 et 2011 pour ne pas éveiller d’autres mécontentements au sein de l’armée. Selon certaines indiscrétions, le Trésor public ivoirien aurait raclé les fonds des caisses des régis financières et sollicité la Banque centrale des états de l’Afrique occidentale (Bceao) pour satisfaire les mutins dans les délais convenus. Malheureusement dans les jours qui ont suivi, cette agitation des soldats, va contaminer toutes les couches sociales ivoiriennes. Emboîtant le pas aux mutins, fonctionnaires, médecins, douaniers, gardes pénitentiaires, enseignants et même les  Dozos, les redoutables chasseurs traditionnels  qui ont prêté main forte à la rébellion et  aux forces pro-Ouattara lors de la crise postélectorale de 2010, vont tous manifester. Pour parer à la fronde sociale, le gouvernement essaie, bon an mal an, de donner satisfaction aux revendications les plus légitimes. Cependant, la mission s’avère difficile voire impossible à moins que le chef de l’Etat sacrifie sur l’autel de toutes ces revendications sociales son programme de développement sur lequel il a été réélu.

Les Evêques congédient les vilains démons

Les Evêques ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme devant le danger imminent qui pointe à l’horizon. Dans un message adressé à la nation, ils ont exprimé, en des termes très clairs, leur « inquiétude devant les évènements sociaux qui secouent notre pays :  mécontentements des militaires, grèves des fonctionnaires et agents de l’Etat ». Pour eux, ce malaise social persistant au sein de la population est causé par les sentiments de frustration, les procès en cours, les détentions arbitraires dans les prisons, les exclusions, l’exil forcé de certains civils et  militaires, le désespoir des jeunes (…) « Tout ce climat délétère, si nous n’y prenons garde, risque de compromettre gravement tous les acquis enregistrés, fruits de nos efforts », préviennent-ils. Après avoir dressé ce diagnostic alarmant, les Evêques ont invité « toutes les composantes de la société ivoirienne à se retrouver autour d’une même table pour débattre de toutes les questions relatives à la sécurité, à la cherté de la vie, au chômage des jeunes, aux conditions de travail, à la situation salariale ». Ils ont exhorté le pouvoir en place à faire des efforts dans le sens d’une « redistribution des fruits de la croissance, d’une justice équitable et de la facilitation du retour des exilés, avec des garanties de sécurité pour tous…»

« Injustice sociale érigée en règle de gouvernance »

Pour l’opposition, « les pratiques moyenâgeuses du régime en place contribuent à mettre en mal le tissu social et la cohésion nationale. » Des intellectuels ne manquent pas d’ailleurs de dénoncer « un tribalisme rampant érigé en règle de gouvernance ». L’interview accordée par le chef de l’Etat ivoirien au magazine français, L’Express, dans sa parution du 25 janvier 2012, est citée comme la preuve irréfutable du privilège accordé jusqu’à ce jour aux cadres du nord dans les promotions administratives. Pour rappel, le président Alassane Ouattara répondant à une question sur la nomination des nordistes aux postes clefs de l’administration ivoirienne avait répondu qu’« Il s’agit d’un simple rattrapage » et que « Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité. » Faux, avait rétorqué l’opposition. Dans le camp de son allié du Pdci (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) et des autres partis membres du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), coalition qui l’a porté au pouvoir, cette déclaration encore d’actualité, continue de les diviser surtout à la faveur de la vague de nominations de ces derniers temps. Pour s’en convaincre, il suffit simplement de regarder dans les détails les derniers changements intervenus dans l’équipe gouvernementale et dans l’armée. Le nouveau gouvernement de 29 membres compte en son sein seize (16) ministres de l’ethnie du nord y compris le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, lui-même, contre seulement deux ministres issus de l’Ouest. Le reste des portefeuilles ministériels étant reparti entre les cadres du groupe Akan. Idem en ce qui concerne les forces de défense et de sécurité. Les hauts officiers du groupe ethnique Krou dont sont issus Laurent Gbagbo et le général Robert Guéi, sont quasiment exclus de la hiérarchie. Pour beaucoup d’observateurs, cette politique d’exclusion qui s’apparente à une vengeance sur un groupe ethnique n’est pas faite pour créer les conditions idoines de la réconciliation qui peine à se mettre en place.

Pour revenir à la situation de l’armée ivoirienne qui compte aujourd’hui un effectif de 23 000 hommes, les deux forces ennemis d’hier – les ex-rebelles et les forces régulières, ex-Fanci (Force armée nationale de Côte d’Ivoire), forcées de cohabitées ensemble, ne se sont pas non plus réconciliées. Manifestement, la réforme du secteur de la sécurité (RSS) qui a coûté plusieurs centaines de milliards de francs aux contribuables, n’a pas changé la donne comme le prouvent les  mutineries sauvages devenues les seuls moyens d’expression des militaires pour revendiquer des droits. Cette armée hétérogène déstructurée que la Côte d’Ivoire traine comme un boulet depuis au moins deux décennies ne fait plus la fierté des Ivoiriens. Aux yeux de nombre d’entre eux, elle a délaissé sa mission régalienne qui consiste à veiller à l’intégrité du territoire et à protéger les citoyens. Cette armée est devenue, au contraire, un véritable danger public pour les populations et la stabilité du pays. Pendant ce second mandat, Alassane Ouattara réussira-t-il à prendre les bonnes décisions pour s’engager dans une justice sociale et la réconciliation nationale, instaurer enfin une discipline militaire exemplaire dans les casernes, imposer son autorité de chef suprême des armées, faire respecter les institutions de la République (…) ? Attendons de voir.

(Article publié dans la parution du mois de février du magazine Diasporas News)

La question ne se pose même plus depuis le 20 janvier, date de la prise de fonction officielle de Donald Trump à la Maison Blanche. En quelques jours semaine seulement d’exercice du pouvoir, le 45e président des Etats-Unis cristallise en sa personne toute la haine et la colère de la terre entière. Son décret anti-immigration, pour, soit disant, protéger son pays contre les terroristes étrangers a été recalé par la justice parce qu’il porte gravement atteinte aux droits de l’Homme et est contraire à la constitution américaine. Car, il vise spécifiquement les ressortissants de sept pays musulmans : la Somalie, la Libye, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Soudan et le Yémen. Un camouflet pour Trump qui a vu également son appel pour le rétablissement immédiat de son décret rejeté par la Cour d’appel. Malgré ce désaveu criard, l’administration Trump ne veut pas en rester là. Conséquence de cette mesure arbitraire d’un autre âge, des centaines de personnes et des  familles originaires de ces six pays musulmans se sont vus bloqués injustement dans les aéroports bien qu’étant munis de visa ou de Green card délivrés en bonne et due forme par les autorités compétentes américaines. Cette discrimination a indigné plus d’un dirigeant dans le monde. Entre Washington et Téhéran, le torchon brûle à nouveau alors que les relations étaient relativement au beau fixe depuis quelques années. Le président irakien, Hassan Rohani, s’est offusqué de cette décision anachronique prise par l’administration Trump. Il a rappelé que « nous ne sommes plus à une époque où on construit des murs entre les nations. Ils ont oublié, qu’il y a quelques années, le mur de Berlin s’est effondré. » Les six pays musulmans concernés par cette décision ubuesque ont appelé à appliquer la forme de réciprocité qui convient en de telle circonstance. Bien évidemment, tout cela n’est pas sans conséquences pour la première puissance mondiale, quand on sait l’étendue de ses intérêts dans cette région du Golfe qui concentre des atouts géostratégiques majeurs. Elle est la première réserve mondiale en hydrocarbures, les voies de transit maritime stratégiques pour le commerce mondial passe par là, et elle est une zone d’interconnexion Europe-Asie et Asie-Afrique. L’OCI (Organisation de la coopération islamique), l’Onu, l’UE et les dirigeants de l’Europe occidentale à l’exception de l’Angleterre ont condamné avec la plus grande fermeté cette loi anti-immigration. Que dire du mur que Trump veut ériger entre les Etats-Unis et le Mexique pour stopper, selon lui, l’immigration illégale pour un coût s’élevant à 8 milliards de dollars qu’il compte faire supporter à son voisin jugé encombrant ? Encore un autre acte provocateur de nature à détériorer les relations de bon voisinage. Mais, l’indifférence et l’insouciance de Donald Trump devant la vague de réactions et de contestations y compris dans son propre pays, offusquent plus d’une personne. Trump a-t-il vraiment conscience de la place qu’occupent les Etats-Unis dans le monde, pays considéré comme un modèle de réussite économique, de démocratie, de respect des droits de l’Homme et de surcroît donneur de leçon (…) ? Loin s’en faut.

Celui qui menace l’équilibre du monde ne s’arrête malheureusement pas là. Il augure de faire entrer son pays dans une nouvelle ère de protectionnisme. Il menace entre autres de taxer les patrons américains qui seraient tentés de délocaliser leurs entreprises à l’étranger. Ce fut le cas par exemple de Ford dont les dirigeants ont été sommés de renoncer à leur projet après un tweet de Trump à leur adresse. Dans sa tour d’ivoire, le monde s’arrêterait certainement aux portes de Trump. Le milliardaire menace de retirer le Traité Transpacifique (TPP) avec l’Asie signé en 2015 par Barack Obama, de renégocier le partenariat de libre-échange avec le Canada et le Mexique (Alena) ratifié en 1993 par Bill Clinton (…) La liste des mesures est non exhaustive.  Sur la question du protectionnisme et son impact sur les investissements étrangers directs, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a toujours été sans équivoque. Selon l’OMC « Il existe de nombreuses restrictions et un nombre croissant de mesures protectionnistes qui ont pour effet de paralyser l’investissement étranger direct (IED). Ces restrictions et ces mesures affectent la libre circulation des marchandises, des services et des capitaux, au détriment des investisseurs potentiels et de la croissance, qui est particulièrement menacée par la crise économique mondiale actuelle. Cela a aussi une incidence sur les objectifs des Accords de l’OMC. » Trump veut faire bouger aussi les lignes à l’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Pour lui, cette alliance politique et militaire qui compte aujourd’hui 28 membres auquel appartiennent les Etats-Unis depuis sa création en 1949, est devenue obsolète et pourrait entrainer une troisième guerre mondiale. Cela se comprend. Vu l’antagonisme qui a toujours existé entre l’Otan et la Russie, celle-ci pourrait être un obstacle à l’amitié russo-américaine prônée par les deux hommes les plus puissants du monde. A l’évidence, ces déclarations ne sont pas de nature à plaire aux 27 autres membres attachés à la résolution pacifique des différends. Dans le camp de Moscou, cela n’a toujours pas été la conduite à tenir comme ce fut le cas en Ukraine où les troupes russes ont aidé les forces séparatistes pro-russes à s’emparer d’une partie du territoire. L’Afrique n’est pas en reste aux déclarations tonitruantes de Trump. Le continent noir est aussi dans le collimateur du nouveau locataire de la Maison Blanche. Le successeur de Barack Obama n’a pas une bonne opinion des dirigeants africains. Jusqu’à preuve du contraire, l’on ne perçoit pas encore très bien la politique africaine de l’administration Trump. Toutefois, le dernier ne cache pas son intention d’aller disputer avec la Chine et les autres puissances présentes, les richesses inépuisables du continent qui regorge les 95 % des réserves de platine du monde, 90 % de minerais de chrome, 80 % de stocks de phosphates (…) Pour beaucoup d’observateurs, les décisions impopulaires de Donald Trump vont indiscutablement impacter l’équilibre du monde.

(Editorial paru dans le magazine Diasporas News)

Alors que le pouvoir gabonais se prépare à renouer le dialogue avec l’opposition dans un contexte de contestation des résultats de la présidentielle, l’affaire de la Poste du Gabon refait surface et risque fort de polluer l’environnement politique. Pour répondre à ses détracteurs et au « lynchage médiatique » dont il fait l’objet, l’ex patron de cette société d’Etat et ancien ministre, Alfred Mabika-Mouyama, vient de sortir un livre « vérité » pour expliquer les « Controverses et manipulations politiques » qui ont conduit à son limogeage.  

Débarqué en octobre 2015, Alfred Mabika-Mouyama aura attendu seize mois environ avant de rompre enfin le silence après une tempête d’accusations qui s’est abattue sur sa personne et a été relayée par les médias gabonais. Il a choisi d’écrire un ouvrage de 420 pages présenté à la presse ce jeudi 16 février à Paris pour livrer « sa part de vérité » sur la gestion de cette société dont il dit avoir contribué à en faire un des fleurons du pays.

Intitulé « La Poste au Gabon, controverse et manipulations politiques » et paru cette semaine aux Editions du Silence, ce livre ébranle déjà le pouvoir gabonais, selon la presse locale. Cela se comprend d’autant plus que l’ex patron de la Poste fait des révélations troublantes et met en cause l’Etat gabonais ainsi que l’actuel Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet.  Ce qui pourrait bien en faire une affaire d’Etat.

Dans sa contre-attaque, il accuse le chef du gouvernement d’Ali Bongo, alors ministre du Budget à l’époque des faits, d’être à l’origine de l’hémorragie financière et du détournement des subventions de l’Etat. Le préjudice s’élèverait à près de 15,24 millions d’euros ! « S’agissant des subventions, explique-t-il, elles ont été amputées et détournées de leur destination initiale par le ministre du Budget de l’époque qui a signé le 16 juin 2011 un protocole d’accord avec Internet-Gabon (société avec laquelle La Poste était en litige) dans le dos de la Poste. »

Dans le litige qui a opposé La Poste SA et la société Internet-Gabon à propos des subventions versées à cette structure à l’insu du PDG de La Poste, l’auteur accuse l’actuel Premier ministre d’avoir trompé la justice. « Pour comprendre comment le ministre Issoze-Ngondet a trompé le tribunal, il suffit d’ouvrir le protocole d’accord pour constater que, contrairement à ce qui est écrit par les juges, La Poste SA n’a signé aucun accord transactionnel. »

L’auteur dénonce un mécanisme de « spoliation » mis en place par l’ancien ministre du Budget qui userait par la même occasion de subterfuges pour se couvrir et lui faire porter le chapeau des fuites de ces subventions. Pour lui, il n’y a aucun doute, si détournement il y a eu, il faut aller chercher du côté du Premier ministre. Alors, il s’interroge : « M. Issoze-Ngondet aurait-il mis en place tout un habile système de détournement de fonds et d’utilisation frauduleuse des subventions prévues au budget de l’Etat ? »

Dans cet ouvrage de vérité, l’auteur ne manque pas non plus de mettre le doigt sur la responsabilité de l’Etat gabonais dans le redressement de l’entreprise. Selon lui, La Poste a été victime d’« une crise de trésorerie, une crise artificielle voulue et organisée par l’Etat. »

Il en veut pour preuves, « la lenteur dans la prise de décision, détournement des subventions, incitations des clients à retirer leurs dépôts pour affaiblir la trésorerie de Postbank, gel des fonds, accumulation d’une dette de 100 milliards de francs CFA vis-à-vis de La Poste. » Au plus fort de la crise, « l’Etat n’a ni couvert les avoirs des épargnants ni libéré un seul centime du capital de la Poste SA et de Postbank », explique-t-il.

Interrogé sur les conséquences de la publication de son ouvrage, il ne cache pas sa crainte pour sa vie et celle de ses proches. Selon l’auteur, avant même la sortie de cet ouvrage « vérité », les services de renseignement gabonais se seraient saisis de cette affaire pour stopper sa parution. « J’apprends que les services de renseignements interrogent ma famille et mes proches. Que veulent-t-ils ? Les livres ! Les agents disent avoir des extraits. Ils soutiennent que je dis « du mal du Président » : « Ces livres ne doivent pas sortir », « on va les interdire », « on va tuer les livres avant qu’ils ne sortent ». « On va le tuer, on a les moyens de l’atteindre ». Eh bien, je suis prêt à mourir pour mon Livre », relate-t-il dans les colonnes d’un journal gabonais en ligne (info241.com).

Celui qui fut successivement ministre du Commerce et de l’Industrie puis de la Jeunesse et des Sports d’Omar Bongo, et très proche de son fils, Ali Bongo, aujourd’hui au pouvoir pour un second mandat, dit avoir sollicité son arbitrage au nom de leur amitié avant et après son limogeage à la tête de Gabon Poste SA. Le silence du président de la République l’aurait laissé perplexe.

C’est pourquoi, il conclut en ces termes : « Je pense que Monsieur Ali Bongo Odimba est président de la République maintenant. En accédant au sommet de l’exécutif, il s’est coupé de nombreuses amitiés. Un Président n’a plus d’amis. C’est ce que je retiens. »

Alfred Mabika a présenté au cours de sa conférence de presse un deuxième ouvrage intitulé « Du cœur à l’ouvrage », une autobiographie publiée chez le même éditeur.

Accusés de diffusion de fausses informations sur la mutinerie des forces spéciales de la semaine dernière, six journalistes ivoiriens ont été convoqués ce dimanche 12 février à la brigade de recherche de la gendarmerie d’Abidjan.

 Coulibaly Vamara et Amadou Ziao, directeur de publication et rédacteur en chef du quotidien L’Inter (indépendant), Bamba Franck Mamadou, directeur de publication du quotidien Notre Voie (opposition), Gbané Yacouba et Ferdinand Bailly, directeur de publication et journaliste du quotidien Le Temps (opposition), Jean Bédel Gnago, journaliste à Soir Info (indépendant) ont été entendus pendant des heures par les gendarmes.

Il est reproché à ces journalistes d’avoir divulgué « de fausses informations de nature à inciter les soldats à la révolte », selon le communiqué du procureur de la République lu sur la première chaine de la télévision nationale (Rti1).

Ils tombent « sous le coup de la loi qui réprime l’incitation des militaires à l’insoumission et à la rébellion, les atteintes à l’autorité de l’État et la publication d’informations fausses se rapportant au secret de la défense et de la sûreté de l’État », précise le même communiqué.

En effet, un mois après les mutineries de janvier, les soldats de l’unité des forces spéciales ont, eux aussi, entamé le 7 février dernier un mouvement de colère pour réclamer une hausse de leurs primes régulières. Les négociations qui s’en sont suivies avec la hiérarchie militaire ont permis de ramener le calme dans leur caserne.

La plupart des organisations de presse du pays ont appelé à leur « libération immédiate » considérant que ces arrestations constituent une entrave grave à la liberté de la presse.

Le gouvernement ivoirien a déploré les récents mouvements d’humeur des Forces spéciales consécutifs à la série de mutineries des militaires du mois de janvier.

Au sortir du conseil des ministres de ce mercredi 8 février, le porte-parole du gouvernement ivoirien, Bruno Nabagné Koné, a exprimé les regrets du gouvernement après les violents mouvements d’humeur des forces spéciales. En effet, au cours de la semaine écoulée, l’unité d’élite en l’occurrence les soldats des forces spéciales stationnées à Adiaké, ville située à quelques 95 km de la capitale économique Abidjan, ont bruyamment manifesté en tirant des coups de feu en l’air.

 « Je tiens quand même à dire que le gouvernement condamne et déplore ces formes violentes de revendications », a fait savoir le porte-parole du gouvernement. Interrogé sur les difficultés du gouvernement à anticiper ces mutineries répétitives, Bruno Koné a joué la carte de la prudence. « Nous n’allons pas rentrer dans les détails, compte tenu de ce que j’ai dit tout à l’heure. Les discussions sont en cours. Nous ne savons pas quelle sera l’issue de ces discussions et nous n’avons pas envie, par des déclarations ici, de troubler la bonne conduite de ces discussions », a-t-il indiqué.

Aux dernières nouvelles, les négociations entre le gouvernement et les soldats des forces spéciales se seraient conclues par le paiement de la somme de 12 millions de francs Cfa (18 294 euros), le même montant promis aux premiers mutins.

En moins de 48 heures, la mutinerie qui a commencé dans la nuit du jeudi au vendredi 6 janvier à Bouaké, la seconde ville de la Côte d’Ivoire, s’est généralisée à l’ensemble du pays. Les mutins sont désormais maîtres des principales villes et donc en position de force pour négocier avec le gouvernement.

Les négociations entre le gouvernement ivoirien et des mutins devenus maîtres du pays seront à l’avantage des seconds. En position de faiblesse, le gouvernement ivoirien ne prendra pas le risque de laisser traîner la crise militaire qui est à sa deuxième journée. Le pouvoir sera contraint d’accepter la quasi-totalité des revendications corporatistes de ces mutins en colère, lesquelles se résument au payement des primes, à l’augmentations de salaire, à des meilleures conditions de logement, à un avancement plus rapide dans les grades, à un supposé prime Ecomog (…)

Pour de nombreux observateurs, si le pouvoir d’Abidjan ne s’empresse pas à trouver des solutions urgentes à cette situation qui perdure, il y a de fortes chances que les revendications corporatistes se muent au fil du temps en des revendications politiques. Ce qui rendrait l’issue des négociations improbables. Les Ivoiriens ont encore en mémoire le soulèvement militaire du 24 décembre 1999 de la même nature qui avait emporté le régime de Henri Konan Bédié.    

Alors que l’Afrique peine à trouver les moyens pour son développement, la lutte contre le terrorisme vient décupler les dépenses militaires des Etats. A la 3e édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité tenu les 5 et 6 décembre 2016, les chefs d’Etat et de gouvernement ont sollicité l’aide des puissances occidentales.

Le matériel militaire hors de prix 

C’est le chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall, qui, à l’ouverture de cette 3e édition du Forum de Dakar sur le thème évocateur, « L’Afrique face à ses défis sécuritaires : regards croisés pour des solutions efficientes », a plaidé pour davantage d’aides substantielles pour l’équipement et la formation des armées nationales et régionales. Une aide qui, à court terme, devrait permettre aux Etats d’assurer leur propre sécurité sans recourir aux forces occidentales. Une question de souveraineté des Etats.

En effet, quand on regarde au plus près les armées africaines notamment dans la partie subsaharienne du continent, les experts sont unanimes : « les équipements sont pour la plupart obsolètes ». Certains chars de combat ou avions de transport de troupes datent de la seconde guerre mondiale. « On ne peut pas bâtir une armée moderne avec du vieux matériel » relève un spécialise dans la fabrication de drones de nouvelle génération. En effet, quelques grosses entreprises françaises et européennes (Thales, Safran, AirBus Group, Vicat, Amarante International, Nexter System, Atermes, Groupe Marck, MBDA Missile System (…) partenaires du Forum de Dakar, ont exposé leurs savoir-faire en équipement militaire et civil au Centre international de conférence Abdou Diouf.

Le constat est sans appel, il y a un « déficit quantitatif et qualitatif » à rattraper face à des groupes terroristes qui, de plus en plus, sont mieux équipés que les armées nationales de certains pays du continent. Même si la volonté y est, comme cela a été démontré plus d’une fois, il reste à savoir si ces Etats, pour la plupart soumis à des contraintes budgétaires imposées par les Institutions de Bretton Wood, pourront sacrifier les nombreux défis de développement d’urgence au profit de la modernisation de leurs armées ? La réponse est négative.

La surveillance aérienne par drone recommandée 

Cas concret. Pour surveiller par exemple les frontières et lutter contre les groupes armés terroristes très mobiles, c’est la surveillance aérienne qui est conseillée, en l’occurrence avec les drones. Selon les spécialistes, l’usage de cet appareil serait moins coûteux que de faire voler un avion ou un hélicoptère. Or, le coût d’investissement pour l’achat d’un drone militaire comme le Reaper américain n’est pas à la portée de tous. Pour se faire une idée, la France en avait acquis une douzaine de modèles en 2013 pour parer aux besoins de ses forces au Mali et dans le Sahel à un coût total estimé à 670 millions d’euros. Un équipement de pointe composé de deux vecteurs aériens, d’un segment sol et des équipements nécessaires à sa maintenance et à sa mise en œuvre. En faisant un simple calcul arithmétique, un seul modèle de ce drone Reaper avec ses accessoires coûterait dans les 56 millions d’euros soit l’équivalent d’à peu près 37 milliards de francs Cfa. Combien d’Etats africains pourraient s’offrir un tel appareil au moment où ils doivent faire face à des besoins pressants pour améliorer le quotidien des populations en matière de santé, d’éducation et d’éradication de la famine ?

 Alors, que faire ?

La solution préconisée à Dakar est celle du regroupement des pays afin de mutualiser les moyens humains et matériels. C’est le cas par exemple du Groupe des Cinq du Sahel (G5 Sahel) comprenant le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et la Mauritanie considéré, à juste titre, comme un espace vulnérable. L’initiative G5 Sahel de lutte contre le terrorisme est une solution collective encouragée par la communauté internationale.

Que dire de Africa Standby Force (Force africaine en attente), un contre-exemple, qui peine à voir le jour sept années après le lancement de la CARIC (Capacité Africaine de Réponses Immédiates aux Crises) sensée pourtant accélérée la mise en œuvre du projet. Lors du 23e Sommet de l’Union africaine (UA) en juin 2014 à  Malabo en Guinée Equatoriale, les chefs d’Etat et de gouvernement avaient, une fois de plus, montré leur bonne volonté de voir cette force de réaction rapide africaine se matérialiser.

Mais hélas, ce projet présente au moins deux handicaps majeurs. Primo, sur les 53 Etats que compte le continent, seule une poignée de 12 pays volontaires (Afrique du Sud, Angola, Tanzanie, Tchad, Ethiopie, Ouganda, Soudan, Guinée, Niger, Burkina Faso, Egypte et Algérie) a adhéré à l’idée de la CARIC. Deuxio, les disparités internes liées au niveau de développement, aux contributions financières, à l’équipement des armées nationales, les problèmes de voisinage comme l’épineuse question du Front Polisario qui oppose le Maroc aux Indépendantistes sahraouis dans le Sahara Occidental, constituent des facteurs limitants pour toute initiative d’envergure continentale.

Le Forum de Dakar ne pouvait donc pas déroger à ce qui est devenu une règle de toutes les rencontres africaines. Beaucoup de recommandations ont été faites et l’on s’attend à très peu d’actes. Comme à l’accoutumée, tous se sont tournés vers la communauté internationale bien représentée à ce 3e Forum de Dakar.

La communauté internationale appelée à la rescousse 

C’est le cas de la France, pays co-organisateur dudit forum, représentée par son ministre de la Défense. Jean-Yves Le Drian a déclaré que pour lutter efficacement contre le terrorisme, l’Afrique devrait se doter « d’armées nationales structurées » et non d’armées qui s’apparentent à des milices tribales. Pour la France, « la menace terroriste demeure plus que jamais au centre » de ses préoccupations. Le Drian a d’ailleurs déclaré que « les réponses au terrorisme devaient être innovantes » et que « le soutien aux armées africaines exigeait non seulement de la formation mais aussi de l’équipement ».

Occasion pour lui de rappeler que son pays, la France, a toujours été présente aux côtés de l’Afrique quand elle connaît des difficultés d’ordre sécuritaire comme ce fut le cas au Mali à travers l’opération Serval et en République Centrafricaine (RCA) avec l’opération Sangaris.

A ce jour, près de 4 000 militaires français sont déployés en Afrique dans le cadre de l’opération Barkhane. Ces forces françaises projetées sur le continent travaillent en toute intelligence avec « leurs homologues des armées africaines dans le cadre du G5 Sahel, mais aussi de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et de la mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM) ».

Autre contributeur important présent au Forum de Dakar, l’Union Européenne (UE), premier investisseur international en Afrique avec 20 milliards d’euros d’aide au développement consentie chaque année. La Vice-présidente de la Commission européenne, l’Italienne Federica Mogherini, en charge des Affaires Etrangères et de la Politique de sécurité, a annoncé plusieurs mesures phares devant impacter « une sécurité durable » en Afrique. « Cette année, l’Union européenne a pour la première fois décidé de soutenir avec une contribution importante, pas seulement d’un point de vue politique mais aussi financier », a-t-elle lancé.

L’UE, premier contributeur financier de l’Afrique 

Selon Mme Federica Mogherini, l’Europe doit « prévenir les crises avant qu’elles explosent ». Elle a donc promis que l’Europe mettrait la main au portefeuille pour ne pas que l’Afrique devienne le sanctuaire du terrorisme. Car, « l’insécurité ne connaît pas de frontières » s’est-elle justifiée.

Ces fonds alloués estimés à des centaines de millions d’euros serviront à renforcer les capacités et les réformes du secteur de la sécurité, la formation et l’équipement des armées africaines, à la création d’emploi (…) Les Nations Unies n’étaient pas en reste au Forum de Dakar. Le Français, Hervé Ladsous, Secrétaire général adjoint chargé des Opérations de maintien de la paix, y a été dépêché spécialement. Il a exhorté les pays donateurs à augmenter leurs contributions pour bâtir des armées fortes sur le continent.

Bien attendu, tous souhaitent que ces annonces et déclarations de bonnes intentions soient suivies d’effet. Le 4e Forum de Dakar en 2017 sera certainement le rendez-vous attendu pour faire un bilan partiel des nombreuses promesses, et savoir si celles-ci ont effectivement été tenues.

Après le succès des deux précédentes éditions, les experts venus du monde entier sont de nouveau réunis à Dakar (Sénégal) du 5 au 6 décembre prochains pour réfléchir sur les défis sécuritaires qui se présentent au continent au moment où la menace terroriste est montée d’un cran.

« L’Afrique face à ses défis sécuritaires : regards croisés pour des solutions efficientes » tel est le thème général retenu pour les travaux de cette rencontre co-organisée par la France et le Sénégal. Du côté du pays hôte, c’est le président Macky Sall, en personne, qui procédera à l’ouverture de cette 3e édition du Forum de Dakar. Côté Français, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est toujours au rendez-vous. Il est accompagné d’une forte délégation composée de parlementaires et de hauts gradés des armées françaises.

Comme lors des éditions passées, les pays africains à commencer par les voisins immédiats du Sénégal ont également dépêché des représentants à Dakar. Pendant 48 heures, les panelistes vont tenter de répondre aux questions les plus préoccupantes du moment. Entre autres, la stratégie à adopter face aux défis de l’extrémisme violent ainsi que la réponse doctrinale pour faire face, la maîtrise des espaces numériques, la prévention et la lutte contre ce phénomène, les contrôles des espaces frontaliers, la question de la démographie, les réponses des forces de défense et de sécurité face aux nouveaux défis sécuritaires, les engagements des armées africaines dans les opérations de paix (…) Autant de sujets d’actualité qui vont animer cette rencontre dont la clôture devrait être sanctionnée par une déclaration ou du moins des recommandations des chefs d’Etat attendus.