Home International Lutte contre le terrorisme en Afrique : Quand les dépenses militaires freinent...

Alors que l’Afrique peine à trouver les moyens pour son développement, la lutte contre le terrorisme vient décupler les dépenses militaires des Etats. A la 3e édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité tenu les 5 et 6 décembre 2016, les chefs d’Etat et de gouvernement ont sollicité l’aide des puissances occidentales.

Le matériel militaire hors de prix 

C’est le chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall, qui, à l’ouverture de cette 3e édition du Forum de Dakar sur le thème évocateur, « L’Afrique face à ses défis sécuritaires : regards croisés pour des solutions efficientes », a plaidé pour davantage d’aides substantielles pour l’équipement et la formation des armées nationales et régionales. Une aide qui, à court terme, devrait permettre aux Etats d’assurer leur propre sécurité sans recourir aux forces occidentales. Une question de souveraineté des Etats.

En effet, quand on regarde au plus près les armées africaines notamment dans la partie subsaharienne du continent, les experts sont unanimes : « les équipements sont pour la plupart obsolètes ». Certains chars de combat ou avions de transport de troupes datent de la seconde guerre mondiale. « On ne peut pas bâtir une armée moderne avec du vieux matériel » relève un spécialise dans la fabrication de drones de nouvelle génération. En effet, quelques grosses entreprises françaises et européennes (Thales, Safran, AirBus Group, Vicat, Amarante International, Nexter System, Atermes, Groupe Marck, MBDA Missile System (…) partenaires du Forum de Dakar, ont exposé leurs savoir-faire en équipement militaire et civil au Centre international de conférence Abdou Diouf.

Le constat est sans appel, il y a un « déficit quantitatif et qualitatif » à rattraper face à des groupes terroristes qui, de plus en plus, sont mieux équipés que les armées nationales de certains pays du continent. Même si la volonté y est, comme cela a été démontré plus d’une fois, il reste à savoir si ces Etats, pour la plupart soumis à des contraintes budgétaires imposées par les Institutions de Bretton Wood, pourront sacrifier les nombreux défis de développement d’urgence au profit de la modernisation de leurs armées ? La réponse est négative.

La surveillance aérienne par drone recommandée 

Cas concret. Pour surveiller par exemple les frontières et lutter contre les groupes armés terroristes très mobiles, c’est la surveillance aérienne qui est conseillée, en l’occurrence avec les drones. Selon les spécialistes, l’usage de cet appareil serait moins coûteux que de faire voler un avion ou un hélicoptère. Or, le coût d’investissement pour l’achat d’un drone militaire comme le Reaper américain n’est pas à la portée de tous. Pour se faire une idée, la France en avait acquis une douzaine de modèles en 2013 pour parer aux besoins de ses forces au Mali et dans le Sahel à un coût total estimé à 670 millions d’euros. Un équipement de pointe composé de deux vecteurs aériens, d’un segment sol et des équipements nécessaires à sa maintenance et à sa mise en œuvre. En faisant un simple calcul arithmétique, un seul modèle de ce drone Reaper avec ses accessoires coûterait dans les 56 millions d’euros soit l’équivalent d’à peu près 37 milliards de francs Cfa. Combien d’Etats africains pourraient s’offrir un tel appareil au moment où ils doivent faire face à des besoins pressants pour améliorer le quotidien des populations en matière de santé, d’éducation et d’éradication de la famine ?

 Alors, que faire ?

La solution préconisée à Dakar est celle du regroupement des pays afin de mutualiser les moyens humains et matériels. C’est le cas par exemple du Groupe des Cinq du Sahel (G5 Sahel) comprenant le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et la Mauritanie considéré, à juste titre, comme un espace vulnérable. L’initiative G5 Sahel de lutte contre le terrorisme est une solution collective encouragée par la communauté internationale.

Que dire de Africa Standby Force (Force africaine en attente), un contre-exemple, qui peine à voir le jour sept années après le lancement de la CARIC (Capacité Africaine de Réponses Immédiates aux Crises) sensée pourtant accélérée la mise en œuvre du projet. Lors du 23e Sommet de l’Union africaine (UA) en juin 2014 à  Malabo en Guinée Equatoriale, les chefs d’Etat et de gouvernement avaient, une fois de plus, montré leur bonne volonté de voir cette force de réaction rapide africaine se matérialiser.

Mais hélas, ce projet présente au moins deux handicaps majeurs. Primo, sur les 53 Etats que compte le continent, seule une poignée de 12 pays volontaires (Afrique du Sud, Angola, Tanzanie, Tchad, Ethiopie, Ouganda, Soudan, Guinée, Niger, Burkina Faso, Egypte et Algérie) a adhéré à l’idée de la CARIC. Deuxio, les disparités internes liées au niveau de développement, aux contributions financières, à l’équipement des armées nationales, les problèmes de voisinage comme l’épineuse question du Front Polisario qui oppose le Maroc aux Indépendantistes sahraouis dans le Sahara Occidental, constituent des facteurs limitants pour toute initiative d’envergure continentale.

Le Forum de Dakar ne pouvait donc pas déroger à ce qui est devenu une règle de toutes les rencontres africaines. Beaucoup de recommandations ont été faites et l’on s’attend à très peu d’actes. Comme à l’accoutumée, tous se sont tournés vers la communauté internationale bien représentée à ce 3e Forum de Dakar.

La communauté internationale appelée à la rescousse 

C’est le cas de la France, pays co-organisateur dudit forum, représentée par son ministre de la Défense. Jean-Yves Le Drian a déclaré que pour lutter efficacement contre le terrorisme, l’Afrique devrait se doter « d’armées nationales structurées » et non d’armées qui s’apparentent à des milices tribales. Pour la France, « la menace terroriste demeure plus que jamais au centre » de ses préoccupations. Le Drian a d’ailleurs déclaré que « les réponses au terrorisme devaient être innovantes » et que « le soutien aux armées africaines exigeait non seulement de la formation mais aussi de l’équipement ».

Occasion pour lui de rappeler que son pays, la France, a toujours été présente aux côtés de l’Afrique quand elle connaît des difficultés d’ordre sécuritaire comme ce fut le cas au Mali à travers l’opération Serval et en République Centrafricaine (RCA) avec l’opération Sangaris.

A ce jour, près de 4 000 militaires français sont déployés en Afrique dans le cadre de l’opération Barkhane. Ces forces françaises projetées sur le continent travaillent en toute intelligence avec « leurs homologues des armées africaines dans le cadre du G5 Sahel, mais aussi de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et de la mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM) ».

Autre contributeur important présent au Forum de Dakar, l’Union Européenne (UE), premier investisseur international en Afrique avec 20 milliards d’euros d’aide au développement consentie chaque année. La Vice-présidente de la Commission européenne, l’Italienne Federica Mogherini, en charge des Affaires Etrangères et de la Politique de sécurité, a annoncé plusieurs mesures phares devant impacter « une sécurité durable » en Afrique. « Cette année, l’Union européenne a pour la première fois décidé de soutenir avec une contribution importante, pas seulement d’un point de vue politique mais aussi financier », a-t-elle lancé.

L’UE, premier contributeur financier de l’Afrique 

Selon Mme Federica Mogherini, l’Europe doit « prévenir les crises avant qu’elles explosent ». Elle a donc promis que l’Europe mettrait la main au portefeuille pour ne pas que l’Afrique devienne le sanctuaire du terrorisme. Car, « l’insécurité ne connaît pas de frontières » s’est-elle justifiée.

Ces fonds alloués estimés à des centaines de millions d’euros serviront à renforcer les capacités et les réformes du secteur de la sécurité, la formation et l’équipement des armées africaines, à la création d’emploi (…) Les Nations Unies n’étaient pas en reste au Forum de Dakar. Le Français, Hervé Ladsous, Secrétaire général adjoint chargé des Opérations de maintien de la paix, y a été dépêché spécialement. Il a exhorté les pays donateurs à augmenter leurs contributions pour bâtir des armées fortes sur le continent.

Bien attendu, tous souhaitent que ces annonces et déclarations de bonnes intentions soient suivies d’effet. Le 4e Forum de Dakar en 2017 sera certainement le rendez-vous attendu pour faire un bilan partiel des nombreuses promesses, et savoir si celles-ci ont effectivement été tenues.