Home International Elections présidentielles : L’Afrique à école de la démocratie française ?

Après la victoire d’Emmanuel Macron dans un scrutin jugé transparent et apaisé, on ne peut pas s’empêcher de penser au continent africain où les élections présidentielles sont source de conflit et se terminent le plus souvent dans un bain de sang. 

Au soir de la proclamation des résultats du second tour de la présidentielle française, donnant vainqueur le candidat d’« En Marche » Emmanuel Macron, qui a obtenu 66,10 % des suffrages contre 33,90 % pour sa rivale du Front National, Marine Le Pen, il n’y a pas eu la moindre contestation. La perdante, dans un esprit républicain, a aussitôt appelé dans la foulée le vainqueur pour le féliciter comme le veut la tradition française.

Même les partisans de Marine ne sont pas descendus dans les rues pour exprimer une quelconque colère. La défaite a été acceptée par tous et tous se sont conformés au verdict des urnes en respectant le jeu démocratique. Pour se donner bonne conscience, le FN promet tout simplement de prendre sa revanche lors des prochaines législatives prévues les 11 et 18 juin prochains. C’est cela l’esprit d’un grand peuple et d’un grand pays à la tradition démocratique enracinée dans les conscience et reconnue dans le monde entier. Et qui donne ainsi une superbe leçon à bien des pays d’Afrique !

L’on comprend aisément pourquoi la France, à travers les générations de ses dirigeants qui se sont succédés à l’Elysée, s’est toujours offusquée lorsque le « choix légitime » des peuples dans un processus démocratique n’est pas respecté par les ennemis de la démocratie. A ce sujet d’ailleurs, la diplomatie française a toujours été sensible et active lorsque les revendications des peuples pour la reconnaissance de leur choix sont matées dans le sang par des régimes (sanguinaires) prêts à tout pour se maintenir au pouvoir.

D’aucuns pensent même que le pays des Droits de l’Homme, chantre de la Démocratie, est en droit de donner des leçons au reste du monde en matière de démocratie, voire même de s’immiscer dans les affaires intérieures de certains Etats Nations lorsque la vie humaine et la stabilité politique sont ainsi mises ouvertement en péril. Encore plus avec Afrique, et en l’occurrence ses ex-colonies avec lesquelles les liens historiques sont très profonds, ce droit de regard est même revendiqué par les populations, les opposants et la société civile.

La transition est faite. En Afrique, en effet, combien de fois les peuples ont-ils vu leurs victoires électorales volées parce que les dirigeants au pouvoir refuse de céder la place et donc de se soumettre à l’alternance démocratique sans violence ? Combien de fois les constitutions n’ont-elles pas été « tripatouillées » dans le seul but de permettre aux autocrates de se succéder une énième fois à eux-mêmes et de demeurer au pouvoir contre la volonté populaire clairement exprimée dans les urnes ? Que dire du nombre de victimes laissées sur le chemin de l’apprentissage de cette démocratie sur le continent ?

Par moment, on serait tenté de donner raison à ce sage africain qui avait déclaré dans le contexte du retour du pluralisme démocratique sur le continent dans les années 90 que « La démocratie est un luxe pour les Africains ». Juste une façon pour lui de dire que les Africains ne sont pas prêts pour la démocratie et encore moins d’en accepter les règles qui s’imposent.

Les exemples des pays où la démocratie est difficilement acquise, ou même pas tout, sont légion. En la matière, l’Afrique centrale détiendrait à ce jour la palme d’or des régions du continent où la démocratie a vraiment du mal à fonctionner ou du moins à s’implanter. Les dernières élections présidentielles dans la zone Cemac (Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale) sont là pour en témoigner.

Au Gabon par exemple, la présidentielle d’août 2016, qui a vu la réélection d’Ali Bongo Odimba, est toujours contestée par le camp de Jean Ping. Le scrutin a fini par déboucher sur une crise postélectorale s’éternisant et entraînant sur son chemin son lot de victimes innocentes. Et le report aux calendes grecques des élections législatives qui étaient initialement prévues en juillet 2017.

Au Congo Brazzaville, la situation n’est pas davantage reluisante. Le président Denis Sassou Nguesso, qui a réussi par un véritable tour de passe-passe à faire modifier par référendum la loi fondamentale de son pays pour lui donner la légitimité de se représenter à nouveau, a anticipé les élections en mars 2016 et les a naturellement gagnées au mépris de toute règle démocratique. Là-bas aussi, les violences qui ont émaillé le scrutin et la rébellion dans le Pool continuent d’endeuiller les populations.

En Afrique de l’Ouest, en Gambie, la tentative de Yahya Jammeh de se maintenir au pouvoir alors qu’il avait perdu la présidentielle face à son opposant Adama Barrow, a été stoppée nette par la Cédéao qui a déployé ses forces pour le contraindre à abdiquer.

En remontant dans le temps, la Côte d’Ivoire, présentée aujourd’hui comme un des modèles de réussite du continent, est passée aussi par la case d’une démocratie qui a longtemps balbutié. La crise postélectorale de la présidentielle de décembre 2010 avait débouché sur une guerre civile qui a fait officiellement 3 000 morts pour la simple raison que le président vaincu, Laurent Gbagbo, avait refusé de reconnaître sa défaite.

Au Burkina Faso, pays voisin de la Côte d’Ivoire, Blaise Compaoré n’a pas eu le temps de se faire réélire après avoir lui aussi voulu tordre le cou de la Constitution pour se donner le droit de se représenter pour un énième mandat.

Au regard de tous ces cas cités, l’on fait le constat que dans les régions du continent où la démocratie est mise en mal, les pays concernés ne sont pas en paix. Et, indubitablement, le développement n’est pas au rendez-vous.

La France, « qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime », comme disent certains, connaît une démocratie apaisée et exemplaire qui peut et doit servir de modèle aux Etats africains, à commencer par les ex-colonies ayant l’obligation de conscience de tirer les leçons de la décolonisation et des soixante années passées d’indépendance.

C’est au prix d’une véritable démocratie s’inspirant du modèle français que les pays africains changeront de statut et passeront demain de statut de « République bananière » à celui de République tout simplement respectée dans le concert des nations.