Sans surprise, les deux candidats donnés vainqueurs par les sondages sont arrivés en tête du premier tour du scrutin présidentiel français du 23 avril. Emmanuel Macron et Marine Le Pen devront être départagés par les 47 millions d’électeurs au second tour du dimanche 7 mai prochain. 

Il est certain que le scénario du 2e tour de la présidentielle de 2002 qui avait opposé Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen, ne se reproduira pas. Souvenons-nous de la large victoire du président sortant (82,21 %) face au père du Front national (17,79 %) grâce à la mobilisation de la Gauche privée de son champion, le Premier ministre Lionel Jospin battu dès le premier tour, de la société civile et du soutien des autres candidats éliminés.

Le contexte n’est certainement plus le même. Marine Le Pen, candidate de l’extrême droite, s’est qualifiée grâce à un électorat solide qui ne cesse de progresser à chaque échéance électorale. Selon les derniers chiffres, la fille du père a battu son propre record de voix. Les électeurs du FN sont passés de 6 millions à 8 millions. Pour son camp, il y a de bonnes raisons de croire que Marine peut l’emporter au second tour face à Emmanuel Macron.

Inconnu des Français il y a à peine un an, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée et conseiller de François Hollande, devenu  ministre de l’Economie avant de fonder son propre mouvement « En marche » en avril 2016 puis de claquer la porte du gouvernement de Manuel Valls le 30 août dernier et d’annoncer sa candidature, part favori de ce scrutin après sa percée spectaculaire du premier tour. C’est bien lui qui a emporté la mise en réalisant le meilleur score du premier tour avec 23,75 % face à Marine 21,53 %. Le second tour du 7 mai s’annonce donc palpitant. La différence se fera pendant la campagne et lors du traditionnel face-à-face télévisé qui opposera les deux finalistes.

Quant aux réserves de voix, le moins qu’on puisse dire, c’est que chacun en dispose, et peut aussi compter sur les ralliements de raison de dernières minutes.

A l’évidence, au cours des jours à venir, les arguments de campagne restés, un tant soit peu, inaudibles à cause des affaires sales qui ont pollué la campagne du premier tour, vont beaucoup peser pour amener les indécis, les abstentionnistes, les votes blancs, à faire un choix responsable. Ce qui va décupler certainement le taux de participation.

La différence très marquée des deux programmes aussi, va faciliter le choix des Français le 7 mai prochain. Les 47 millions d’électeurs appelés aux urnes devront choisir soit Emmanuel Macron, euro-optimiste convaincu et progressiste proposant un modèle économique social-libéral. Dans le détail, le candidat de « En Marche », veut « investir 50 milliards d’euros et réduire les dépenses publiques de 60 milliards tout en diminuant la pression fiscale sur les entreprises et les ménages de 20 milliards ». Et ce n’est pas tout. Macron veut aussi « ramener le chômage à 7% tout en réduisant le déficit à 1% et en portant la croissance à 1,8% ». Des arguments de campagne qui ont convaincu plus d’un électeur.

En face, son adversaire, Marine Le Pen, eurosceptique et ultranationaliste, propose un modèle économique diamétralement opposé et nostalgique des temps passés. D’ailleurs, son programme économique se situe entre le libéralisme et la protection sociale. Au nombre de ses mesures dont le réalisme se dispute au radicalisme, le rejet de l’immigration et de l’Union européenne demeurent l’ADN du Front National. Elle promet entre autres de redonner à la France « sa souveraineté monétaire », donc de sortir de l’Euro. Elle veut accorder la priorité aux Français notamment pour l’accès à l’emploi et aux logements sociaux. Dans ce même repli identitaire, Marine Le Pen prône le protectionnisme tous azimuts qui se traduira par l’attribution des marchés publics prioritairement aux entreprises françaises. En revanche, elle veut sanctionner par une mesure de taxation injuste les entreprises qui auront le malheur d’embaucher des étrangers.

La décision finale appartient aux Français. C’est à eux de trancher entre deux candidats qui proposent des programmes très clivés aussi bien dans la forme que dans le fond. Au soir du dimanche 7 mai, nous verrons quel président les Français méritent vraiment.

Paris, 19 avril— Le Jury du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix a décidé de décerner le Prix 2017 à Giuseppina Nicolini, maire de la ville de Lampedusa (Italie), ainsi qu’à l’ONG SOS Méditerranée (France) pour leurs efforts déployés en vue de sauver la vie des réfugiés et des migrants et de les accueillir avec dignité.

« Après l’étude des conditions dans le monde, le Jury du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix estime que les migrants et les réfugiés constituent de nos jours un enjeu primordial, notamment en Méditerranée où près de 13 000 hommes, femmes et enfants ont péri dans des naufrages depuis 2013 » a déclaré le Président par intérim du Jury Joaquim Chissano, ancien Président du Mozambique.

Depuis qu’elle a été élue maire en 2012, Giuseppina Nicolini est reconnue pour sa grande humanité et son engagement constant dans la gestion de la crise des réfugiés et de leur intégration après l’arrivée de milliers de réfugiés sur les côtes de Lampedusa et ailleurs en Italie.

SOS Méditerranée est une association européenne qui a pour vocation de porter assistance à toute personne en détresse en mer Méditerranée. Depuis le lancement des opérations de sauvetage en février 2016, l’organisation a sauvé plus de 11 000 vies.

Le jury a également appelé la communauté internationale à veiller à ce que la mer Méditerranée redevienne un lieu où la solidarité et le dialogue interculturel dominent et cesse d’être le théâtre de tragédie.

Le Prix Félix Houphouët-Boigny – créé en 1989 et décerné tous les ans par l’UNESCO – se propose d’honorer des personnes, institutions ou organisations qui ont contribué de manière significative à la promotion, à la recherche, à la sauvegarde ou au maintien de la paix, dans le respect de la Charte des Nations Unies et de l’Acte constitutif de l’UNESCO.

Le Prix a déjà été décerné à des personnalités comme le Prédisent français, François Hollande, Nelson Mandela et Frederik W. De Klerk ; Yitzhak Rabin, Shimon Pérès et Yasser Arafat ; le Roi Juan Carlos d’Espagne et l’ancien Président américain, Jimmy Carter.

 

Source : Service presse de l’Unesco

Le groupe Magic System va célébrer ses 20 ans de carrière artistique en musique et en réflexions à travers une tournée africaine dénommée « Magic Tour » sur le thème du réchauffement climatique. 

C’est au siège de France Média Monde à Issy-les-Moulineaux où émettent RFI et France 24 que Salif Traoré dit A’Salfo et ses trois amis, Manadja, Tino et Goudé, ont convié la presse ce mercredi 15 mars pour dévoiler le programme de leur tournée africaine qui va durer environ six mois. Le choix du lieu n’est pas fortuit. C’est, en effet, la radio mondiale, RFI, qui, en 1997, a révélé le groupe venu d’Anoumabo – quartier populaire d’Abidjan (Côte d’Ivoire) – au plan international à travers son titre culte « 1er Gaou« .

Depuis, Magic System enchaîne les succès, glane des prix, des trophée et des disques d’or. Une success story exemplaire que les quatre « Magiciens » veulent partager avec les mélomanes du continent qui les ont vus naître. Aux dires de A’Salfo, pendant les vingt années écoulées,  « nous n’avons pas beaucoup joué en Afrique. » Ce come-back est donc une façon pour Magic System de redonner à l’Afrique ce qu’il a reçu.

Cette tournée baptisée « Magic Tour » les conduira dans quinze pays du continent de juillet à fin décembre 2017 (Côte d’Ivoire, Niger, Gabon, Nigeria, Ghana, Maroc, Guinée, Centrafrique, Cameroun, Tchad, Burkina Faso, Togo, Bénin, Guinée-Equatoriale) où une série de concerts sera donnée ainsi que des conférences sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur notre environnement. Annonce faite en présence de quelques représentants diplomatiques en poste à Paris de ces pays.

Dans ce rôle d’éveilleur de conscience, Magic System cite l’ancien président français Jacques Chirac qui déclarait devant l’assemblée générale du IVe Sommet de la terre à Johannesburg en Afrique du Sud en septembre 2002 que « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

Pour A’Salfo, il est plus qu’urgent que le continent s’engage véritablement dans la lutte pour la préservation de la planète. A terme, le but de cette tournée « Magic Tour » est de mobiliser et sensibiliser sur les dangers du changement climatique, de s’approprier de la Cop 21, de plaider pour les jeunes en matière de politique de lutte contre le changement climatique, de susciter la création d’emploi vert (…)

A chaque étape de cette tournée dans les capitales des pays retenus, il sera aussi question de reboisement pour restaurer un écosystème en souffrance. De façon symbolique, les quatre « Magiciens » vont planter des arbres pour donner l’exemple aux jeunes.

En ce qui concerne le volet scientifique, le groupe a fait appel à des experts du climat des Nations Unies et des organisations internationales comme l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) qui l’accompagneront pendant la tournée pour animer les panels et les conférences. Après l’Afrique, Magic System ambitionne de faire une tournée mondiale sur le même thème.

A moins de quarante jours de la fin de son quinquennat, le président français, François Hollande, a échangé avec son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, autour d’un déjeuner à l’Elysée ce mercredi 15 mars.  

La visite de travail du chef de l’Etat ivoirien en France, Alassane Ouattara, intervient dans un contexte sociopolitique assez particulier en Côte d’Ivoire. En effet, les mois de janvier et février derniers ont été très agités à Abidjan et dans les provinces. Le pays a été confronté à des mutineries militaires répétées, des grèves du personnel de santé, des agents de l’Etat, des enseignants, des élèves et étudiants (…)

Au menu de ces échanges suivi d’un repas qui ont duré deux bonnes heures (13 h-15 h), la coopération militaire entre les deux pays a été suffisamment abordée. Le président français a confirmé « le soutien de la France aux efforts de la Côte d’Ivoire en matière de restructuration des forces de sécurité, en particulier dans leur préparation au déploiement dans le cadre d’opérations de maintien de la paix des Nations Unies ou de l’Union africaine ».

Neuf cent militaires, l’effectif des Forces Françaises de Côte d’Ivoire (FFCI), sont prépositionnés sur le sol ivoirien. Créées le 1er janvier 2015, les FFCI dont la mission est d’assurer un relais opérationnel sur une zone d’intérêt stratégique, s’inscrit dans « la continuité de l’accord de partenariat de défense de 2012 qui scelle une proximité ancienne entre la France et la Côte-d’Ivoire. Elles constituent l’une des deux bases opérationnelles avancées en Afrique. »

Sur la question du terrorisme, François Hollande a également confirmé que « la France poursuivrait, près d’un an après les attentats de Grand-Bassam, ses actions de formation au profit des forces ivoiriennes compétentes en matière de lutte antiterroriste. »

Au chapitre économique, la dette ivoirienne a été un des sujets des discussions. Le président français s’est félicité de « l’avancement rapide du processus d’annulation et de conversion de la dette ivoirienne, initié en juillet 2012 et qui a permis le financement de nombreux projets dans les secteurs de l’éducation, de la santé, du développement rural, des infrastructures ou encore de la justice et de l’Etat de droit. »

Même satisfecit exprimé par les deux chefs d’Etat au sujet de l’éligibilité de la Côte d’Ivoire aux « crédits européens du Fonds fiduciaire d’urgence en faveur de la stabilité et de la lutte contre les causes profondes de la migration. »

Au cours de ces échanges, la question monétaire a été évoquée. François Hollande « a réaffirmé son ouverture à toutes les propositions que les Etats membres de la zone pourraient formuler » à la prochaine réunion des ministres de la zone franc CFA qui se tiendra en avril à Abidjan. Non sans avoir rappelé que « cette monnaie et cette zone appartenaient aux pays qui la composent. »

Les dossiers internationaux n’ont pas échappé à ces discussions. Le cas du Mali, pays voisin à la Côte d’Ivoire confronté à des mouvements sécessionnistes au nord, a retenu l’attention des deux chefs d’Etat. Hollande et Ouattara ont salué « les avancées que constituent la mise en œuvre des premières patrouilles mixtes entre signataires de l’accord de paix et de réconciliation, mais aussi la mise en place d’autorités intérimaires dans plusieurs des régions du nord du Mali. »

Le Commissaire général du Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo (Femua), Salif Traoré dit A’Salfo, a présenté à la presse, le programme de la 10e édition de ce rendez-vous culturel qui a lieu en Côte d’Ivoire, au siège de l’Unesco à Paris, le jeudi 3 mars dernier.

« L’Afrique, face au défi du réchauffement climatique », c’est ce thème d’actualité qui a été retenu par les organisateurs. A chaque édition, des innovations sont opérées pour apporter de la valeur ajoutée au « festival de référence en Côte d’Ivoire et l’un des meilleurs en Afrique et dans le monde ».

« Le Femua 10 aura bel et bien lieu », a martelé le Commissaire général après l’interruption de l’édition de 2016 consécutive à la mort brutale sur la scène d’Anoumabo du roi de la rumba congolaise, Papa Wemba. Pour congédier ce drame qui a laissé un goût d’inachevé, à l’ouverture du festival, le 24 avril, un méga-concert sera donné pour lui rendre hommage. Son groupe « Viva Musica », l’orchestre qui l’a toujours accompagné, sera au grand complet pour « fermer la parenthèse ». Les « Sapeurs » seront également de la fête pour saluer la mémoire de celui qui fut un des leur. A la demande du groupe Magic System auprès des autorités municipales, la place d’Anoumabo sera baptisée « Place Papa Wemba ».

Le festival va se dérouler sur sept jours et sera marqué par plusieurs étapes. Ainsi, du 24 au 30 avril prochain, il y aura une série de concerts à Abidjan (Marcory-Anoumabo) et à Adiaké, une ville de la province qui accueillera la cérémonie de clôture. Treize artistes de renommée internationale vont se disputer les différentes  scènes prévues au programme. En tête d’affiche, on compte la star malienne, Salif Kéita, l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly et le Français, Black M pour ne citer que ces trois.

Le Femua, ce n’est pas que la fête de la musique. On y réfléchit aussi sur les problématiques qui préoccupent le monde. « Cette 10e édition sera pour nous, l’occasion de jouer notre partition dans le défi mondial de ce 21e siècle, à savoir le réchauffement climatique. Ainsi, nous plaçons cette édition sous le thème : L’Afrique, face au défi du réchauffement climatique », a fait savoir le Commissaire général.

Ainsi, il y aura des journées de réflexions sur ce thème, et de sensibilisation de la jeunesse (carrefour de la jeunesse) sur notamment les enjeux du réchauffement climatique et les attitudes citoyennes à adopter pour préserver la planète. La Commission nationale des droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI), partenaire institutionnel, va apporter aux débats, des éléments de réponse en matière du droit des citoyens face à ce réchauffement et ses conséquences sur les populations notamment africaines classées parmi les premières victimes dans les décennies à venir.

Les tout-petits (Femua Kids), notamment ceux des orphelinats et des familles les plus défavorisées ne seront pas oubliés. Des activités ludiques et éducatives ont été concoctées pour les occuper. Au volet du sport, il y aura le « Tournoi CEDEAO » de football et un « Cross populaire » qui mobilisera près de 10 000 athlètes.

L’ADN du Femua, c’est avant tout le volet social. « Des projets de grandes envergures, orientés dans l’éducation et la santé ont été réalisés », explique le Commissaire général. A ce jour, le Femua a à son actif la construction de trois écoles dont deux en cours de réalisation. C’est sans compter la réhabilitation d’infrastructures sanitaires dans les quartiers les plus pauvres.

A cette édition de 2017, l’on va procéder à la pose de la première pierre de deux écoles qui seront construites dans deux villes de la province. « Nous avons pris comme résolution d’inaugurer à chaque édition une école. Nous espérons qu’avec l’aide de nos partenaires, nous pourrons offrir davantage d’écoles », promet Salif Traoré.

Côté sécurité et santé, les organisateurs n’ont rien négligé. Des dispositions exceptionnelles ont été prises pour que ce festival qui fait déplacer des foules se déroule dans de très bonnes conditions. Près de 5 000 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers seront déployés sur les différents sites d’accueil des spectacles ainsi que les Samu et la Croix-Rouge pour contenir et veiller sur les 100 000 festivaliers attendus chaque jour.

Après dix années d’existence, Gaou production et ses partenaires, peuvent se réjouir d’avoir gagné leur pari. Ce qui n’était pas évident au départ de cette aventure culturelle, vu que les contraintes financières, logistiques et humaines se sont démultipliées à chaque édition.

Démarré avec un modeste budget d’à peine 35 mille euros lors de la première édition, aujourd’hui l’organisation de ce festival coûte un peu plus de 1,5 millions d’euros selon les estimations données par son Commissaire général. Heureusement que l’équipe de Gaou Production, maître d’œuvre de cet grand événement festif, sait compter sur ses partenaires financiers, techniques et institutionnels qui l’accompagnent depuis maintenant 10 ans.

Rappelons qu’à cette cérémonie de lancement du Femua 10 à Paris, la Côte d’Ivoire qui accueille ce festival, était représentée par son ambassadeur en France, SEM. Charles Gomis, sa Déléguée permanente auprès de l’Unesco, Mme Denise Houphouët-Boigny et le Directeur général de Côte d’Ivoire Tourisme, Jean-Marie Somet, arrivé spécialement d’Abidjan.

Invité par l’Ong « Action diaspora Wê », le nouveau député de Zibiao-Tahouaké, localité de l’Ouest de la Côte d’Ivoire, Simon Doho, a animé une conférence publique ce samedi 4 mars à Paris pour présenter à sa communauté vivant en France son ambitieux projet de bâtir « le pays Wê ensemble ».

 « Nous voulons que le pays Wê devienne une force pour la Côte d’Ivoire. Nous sommes pour le développement de notre région. Mais pour y arriver, nous devons cultiver la fraternité et nous réconcilier d’abord », a déclaré d’emblée le député nouvellement élu sous l’étiquette « indépendant » du plus grand canton du département de Bangolo de la Région du Guémon devant la diaspora venue très nombreuse l’écouter.

Expliquant le fond de sa pensée, Simon Doho a indiqué que « la paix précède tout développement » et qu’il y a urgence à agir et à créer les réelles conditions du « Vivre ensemble » au moment où la cohésion sociale et l’entente entre les populations Wê (autochtones) et les autres communautés notamment ivoiriennes (allochtones) et celles issues de l’immigration burkinabè, malienne et guinéenne (allogènes) vivant dans cet espace, sont sévèrement remises en question. Les conflits fonciers et les affrontements intercommunautaires y sont d’ailleurs très fréquents. « La question de terre est devenue la cause de nombreux massacres qui endeuillent nos populations », déplore-t-il.

Comment remédier à ces conflits qui perdurent depuis au moins deux décennies malgré les nombreuses tentatives des autorités administratives et politiques pour ramener le calme ? Le député Simon Doho dit avoir la solution. Il propose un projet baptisé « le Pays Wê ensemble » pour ramener la paix dans la région. C’est cette vision qu’il est venue partager avec la diaspora Wê de France autour du thème : « le pays Wê face aux défis du développement ».

Pour le conférencier, il faut créer les conditions du dialogue entre les communautés qui se regardent depuis des lustres en chiens de faïence. Condition sine qua none, selon lui, pour désamorcer cette « bombe sociale ». Il a pris comme exemple, la « Maison de la fraternité » construite à son initiative à Duékoué, d’un coût de 100 mille dollars financée par l’Onuci, aujourd’hui siège du Conseil de paix des chefs traditionnels et des communautés du Guémon. « Ce cadre, explique-t-il, est le creuset du dialogue permanent entre toutes nos communautés, pour régler les différends, mieux informer nos différentes couches sociales sur les questions importantes comme celle du foncier, anticiper sur nos difficultés, organiser les échanges entre nos communautés, parler de la même voix devant nos autorités. »

Selon le nouvel élu de la région, la situation s’est encore aggravée ces derniers temps avec l’arrivée massive des populations déguerpies du Mont Peko. Ce sont près de 52 000 personnes déplacées (femmes, hommes et enfants) qu’il a fallu repartir dans les différents villages environnants sans pour autant créer les conditions de leur accueil. Ce qui pose, bien évidemment, des problèmes d’ordre sanitaire, environnemental et surtout de cohabitation pour la simple raison que les populations n’y étaient pas préparées. Que dire alors de l’insuffisance criarde des infrastructures de base ?

« Devant l’ampleur de la situation, fait-il savoir, j’ai demandé un plan d’urgence aux autorités pour que les populations déguerpies soient prises en charge. Aujourd’hui, c’est chose faite ».

Poursuivant dans la même veine, le député Simon Doho a évoqué son scepticisme de voir les campements se démultiplier dans la région. Il a dit s’être opposé à une demande de création d’un campement burkinabè dont il avait été saisie par la chefferie. C’est avec beaucoup d’hardiesse et d’adresse qu’il aurait réussi à les dissuader à abandonner leur projet et à choisir de s’intégrer tout simplement. Selon les explications données par le député, ce communautarisme symbolisé par la multitude de campements communautaires et ethniques, si l’on le laisse prospérer, constitue au contraire un danger. Car, il est synonyme d’un repli identitaire et donc un frein à l’intégration. Il en conclut que ce mode de vie en « autarcie » est un véritable obstacle à l’idée du « Vivre ensemble » prônée par le président de la République Alassane Ouattara.

« Je leur ai plutôt conseillé, précise-t-il, de venir vivre avec leurs frères Wê pour partager le cadre de vie qui est offert à tous. Mieux, j’ai demandé qu’ils soient représentés au sein du conseil du village pour les impliquer dans les prises de décisions. Ce qu’ils ont accepté ».

Soucieux de bâtir un « Pays Wê ensemble », le conférencier a également fait un large éventail des autres problèmes qui minent la cohésion sociale et a exhorté les cadres, les élus, les populations et la diaspora à s’impliquer dans ce projet et à s’y investir à l’échelle de la région pour que le Guémon redevienne cet havre de paix qu’il était jadis.  « C’est à nous, lance-t-il, d’impulser le développement par des actions communes et concertées. Mais, il faudra créer au préalable les conditions d’une unité retrouvée…Nos diversités culturelles, ethniques, religieuses, politiques mise ensemble dans un même élan de solidarité constitueront le socle de notre unité dans la diversité ».

L’occasion de cette rencontre était aussi belle pour lever tout équivoque sur ses réelles ambitions à venir après avoir remporté la députation du Grand Zibiao. L’ex Dga de la Sotra, a déclaré en substance que « pour avoir servi à des fonctions très envieuses en Europe et dans le monde, je ne recherche aucun titre encore moins un poste quelconque. Je suis certes député mais je ne suis pas un politicien. Je suis un homme d’action et donc un agent du développement ». Une façon pour lui de couper court à toute supputation ou mauvaise interprétation de ce rendez-vous honoré avec la diaspora Wê de France.

Rappelons qu’à cette rencontre de Paris, le député Simon Doho avait à ses côtés Arsène Vaho, un haut cadre du Guémon en poste à la mairie de Yopougon qui a expressément fait le déplacement à Paris pour soutenir le conférencier et participer par la même occasion à cette réunion d’information et de sensibilisation.

Mutineries répétitives des militaires, grève des fonctionnaires, colère des élèves et étudiants constituent les ingrédients d’un malaise profond qui paralyse la Côte d’Ivoire depuis le début de l’année 2017.

Le vent de coup d’état qui a soufflé sur la Côte d’Ivoire

C’est dans une atmosphère d’agitation militaire comme un air de coup d’état que le président ivoirien Alassane Ouattara est rentré, dare-dare, le samedi 7 janvier dernier d’Accra où il avait assisté à l’investiture de son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo En effet, pendant les 24 heures écoulées, la plupart des casernes du pays étaient en ébullition. Et pour cause, des militaires mécontents de leurs conditions de travail, de vie, d’avancement dans les grades et de primes non versées avaient usé de leurs armes pour se faire entendre à Abidjan et dans les principales villes du pays, terrorisant les populations et paralysant les activités économiques du pays. Alors exceptionnellement ce jour-là, dans ce climat social très tendu, des précautions particulières avaient été prises pour sécuriser la piste de l’aéroport. L’aéronef présidentiel était-il visé comme cible par les mutins ou simples manœuvres de dissuasion ? Difficile à vérifier dans un contexte où très peu d’information officielle a vraiment filtré. Mais chose curieuse, le chef de l’Etat s’est fait accueillir sur le tarmac par le président de  l’Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro, accompagné de Daniel Kablan Duncan, alors Premier ministre avant sa nomination au poste de la vice-présidence fraîchement crée sous l’ère de la 3e République de Côte d’Ivoire après l’adoption de la nouvelle constitution le 30 octobre 2016. Mine de rien, la scène n’est pas passée inaperçue. Car, elle bouscule les habitudes protocolaires. A l’accoutumée, le président Ouattara se faisait accueillir par le chef du gouvernement et son inamovible ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko, un homme du sérail et de confiance. Comme il fallait s’y attendre, cette image n’a pas manqué de nourrir les supputations et commentaires de tout genre. La rumeur populaire dont la capitale économique ivoirienne est très friande a vite fait le lien entre le mouvement d’humeur des militaires et un supposé plan machiavélique qui consisterait à écarter de la tête de l’hémicycle ivoirien Guillaume Soro. Celui-là même qui a incarné durant une décennie la rébellion dont les combattants constituent aujourd’hui l’épine dorsale des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Ce qui expliquerait cela.

 Une armée encore aux ordres de Soro Guillaume Kigbafori

Les observateurs sont unanimes, cette scène a été savamment réfléchie pour faire passer un message d’apaisement. Celui de montrer aux yeux des mutins et de l’opinion nationale l’image d’une parfaite entente entre le président de la République et le président de l’assemblée nationale (sic !). Le consensus autour de sa personne pour présider pour un deuxième mandat l’assemblée nationale a certainement servi à éteindre le feu. Pouvait-il en être autrement dans le contexte actuel ? Pour revenir aux dispositions prises à l’aéroport avant l’atterrissage de l’avion du Président Alassane Ouattara, Guillaume Soro, lui-même, n’avait-il pas échappé de justesse à un attentat perpétré contre son avion à l’aéroport de Bouaké le 29 juin 2007 ? Le Fokker 100 qui le transportait, avait essuyé les tirs de roquettes et de Kalachnikov au moment de son atterrissage causant la mort de quatre de ses proches collaborateurs et faisant une dizaine de blessés. Cette affaire non encore élucidée fait d’ailleurs partie des énigmes ivoiriennes. Un précédent qui est encore dans toutes les mémoires. Cet énième ras-le-bol de la grande muette n’était donc pas du bluff comme certains ont laissé penser. Avant que le chef de l’Etat ne reprenne le dossier en main, son ministre délégué à la Défense, Alain-Richard Donwahi, était en première ligne des négociations face à des mutins très agités. En dépit de l’instabilité de la situation, il s’était rendu à Bouaké, épicentre de la mutinerie, accompagné d’un petit comité composé du préfet de région, du maire de la localité et du commandant en second de la garde républicaine récemment promu patron de cette unité d’élite, le lieutenant-colonel Issiaka Ouattara dit Wattao, pour tenter de désamorcer le mouvement d’humeur des militaires déterminés à en  découdre avec le pouvoir si leurs revendications n’étaient pas satisfaites.  Le Conseil de défense que le chef de l’Etat a présidé dans la foulée en compagnie de ses « sécurocrates » et élargi à Guillaume Kigbafori Soro, est aussi assez révélateur. Car, le dernier n’y siégeait plus depuis sa prise de fonction à la tête de l’hémicycle ivoirien. De toute évidence, le Pan (président de l’assemblée nationale) comme on l’appelle affectueusement ici, paraissait comme l’interlocuteur qui connaît mieux le dossier pour poursuivre les discussions avec les mutins, sans vraiment trembler. A l’évidence, il demeure encore le vrai patron  de cette armée à deux visages et à forte  dominance de nouvelles recrues issues de la rébellion qui ont servi sous ses ordres lorsqu’il dirigeait les Forces Nouvelles. Cette situation sociopolitique très tendue en ce début d’année 2017 rappelle à certains égards, les événements du 24 décembre 1999 où le régime d’Henri Konan Bédié était renversé par des militaires en colère dans un scénario similaire. C’était le fameux coup d’état du « père Noël » dont le général à la retraite, Robert Guèi, avait porté la lourde responsabilité avant d’être « balayé » du pouvoir à la présidentielle de 2000 contestée par les partisans de Laurent Gbagbo. Le chef de la junte militaire sera d’ailleurs assassiné lors des événements du 18 septembre 2002 marquant le début de la rébellion ivoirienne alors qu’il s’était consacré à une vie politique paisible loin des tintamarres de la grande muette. Le rappel de ces faits historiques est important pour comprendre la volatilité de la situation qui menace la stabilité de la première puissance économie de la zone Uemoa (Union économique et monétaire ouest africaine).

La défaillance des services de renseignement 

Dans l’entourage du chef de l’Etat, l’on s’interroge sur l’efficacité réelle des services de renseignement censés « renifler » le danger, le prévenir et l’anticiper. Comment expliquer que rien n’a filtré le moment des préparatifs de ces mutineries dans les casernes militaires ? Tous les regards sont tournés vers le premier flic de Côte d’Ivoire, le bouillant ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko reconduit récemment à son poste au dernier remaniement à la grande stupéfaction de beaucoup d’Ivoiriens. Or, plusieurs membres de la précédente équipe gouvernementale avaient été sanctionnés, y compris des officiers supérieurs dans les rangs de l’armée, de la gendarmerie et de la police.

Un régime très affaibli Dans ce rapport de force défavorable au pouvoir, c’est le dos au mur que le président Ouattara a été contraint de céder au « chantage » avéré des mutins en acceptant de verser les primes exigées et d’améliorer leurs conditions de vie.  Sous la même pression des mutins, le chef suprêmes des armées qui n’est rien d’autre que le président Ouattara, lui-même, qui détient également le portefeuille de la Défense, a également procédé au limogeage du chef d’état-major des armées, du commandant suprême de la gendarmerie, et du chef de la police. Tous ont été débarqués, manu militari, de leur poste et remplacés immédiatement. Mais ce geste n’a pas suffi à calmer la colère des mutins qui exigeaient en plus des sanctions à l’encontre de leur hiérarchie, des compensations financières individuelles. Et, le moment était bien choisi. Devant le vacillement d’un pouvoir acculé et visiblement dans les cordes, les mutins en ont profité pour faire monter les enchères. La prime initiale de 5 millions de francs Cfa (7 623 euros) exigée par chacun  est passée à 12 millions (18 294 euros) non négociables et payables sous 48 heures.  Initialement, c’était près de 8 400 hommes qui étaient concernés par ces primes. Le gouvernement a dû élargir cette mesure compensatoire à l’ensemble des soldats qui n’avait pas touché leur magot entre la période de 2007 et 2011 pour ne pas éveiller d’autres mécontentements au sein de l’armée. Selon certaines indiscrétions, le Trésor public ivoirien aurait raclé les fonds des caisses des régis financières et sollicité la Banque centrale des états de l’Afrique occidentale (Bceao) pour satisfaire les mutins dans les délais convenus. Malheureusement dans les jours qui ont suivi, cette agitation des soldats, va contaminer toutes les couches sociales ivoiriennes. Emboîtant le pas aux mutins, fonctionnaires, médecins, douaniers, gardes pénitentiaires, enseignants et même les  Dozos, les redoutables chasseurs traditionnels  qui ont prêté main forte à la rébellion et  aux forces pro-Ouattara lors de la crise postélectorale de 2010, vont tous manifester. Pour parer à la fronde sociale, le gouvernement essaie, bon an mal an, de donner satisfaction aux revendications les plus légitimes. Cependant, la mission s’avère difficile voire impossible à moins que le chef de l’Etat sacrifie sur l’autel de toutes ces revendications sociales son programme de développement sur lequel il a été réélu.

Les Evêques congédient les vilains démons

Les Evêques ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme devant le danger imminent qui pointe à l’horizon. Dans un message adressé à la nation, ils ont exprimé, en des termes très clairs, leur « inquiétude devant les évènements sociaux qui secouent notre pays :  mécontentements des militaires, grèves des fonctionnaires et agents de l’Etat ». Pour eux, ce malaise social persistant au sein de la population est causé par les sentiments de frustration, les procès en cours, les détentions arbitraires dans les prisons, les exclusions, l’exil forcé de certains civils et  militaires, le désespoir des jeunes (…) « Tout ce climat délétère, si nous n’y prenons garde, risque de compromettre gravement tous les acquis enregistrés, fruits de nos efforts », préviennent-ils. Après avoir dressé ce diagnostic alarmant, les Evêques ont invité « toutes les composantes de la société ivoirienne à se retrouver autour d’une même table pour débattre de toutes les questions relatives à la sécurité, à la cherté de la vie, au chômage des jeunes, aux conditions de travail, à la situation salariale ». Ils ont exhorté le pouvoir en place à faire des efforts dans le sens d’une « redistribution des fruits de la croissance, d’une justice équitable et de la facilitation du retour des exilés, avec des garanties de sécurité pour tous…»

« Injustice sociale érigée en règle de gouvernance »

Pour l’opposition, « les pratiques moyenâgeuses du régime en place contribuent à mettre en mal le tissu social et la cohésion nationale. » Des intellectuels ne manquent pas d’ailleurs de dénoncer « un tribalisme rampant érigé en règle de gouvernance ». L’interview accordée par le chef de l’Etat ivoirien au magazine français, L’Express, dans sa parution du 25 janvier 2012, est citée comme la preuve irréfutable du privilège accordé jusqu’à ce jour aux cadres du nord dans les promotions administratives. Pour rappel, le président Alassane Ouattara répondant à une question sur la nomination des nordistes aux postes clefs de l’administration ivoirienne avait répondu qu’« Il s’agit d’un simple rattrapage » et que « Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité. » Faux, avait rétorqué l’opposition. Dans le camp de son allié du Pdci (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) et des autres partis membres du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), coalition qui l’a porté au pouvoir, cette déclaration encore d’actualité, continue de les diviser surtout à la faveur de la vague de nominations de ces derniers temps. Pour s’en convaincre, il suffit simplement de regarder dans les détails les derniers changements intervenus dans l’équipe gouvernementale et dans l’armée. Le nouveau gouvernement de 29 membres compte en son sein seize (16) ministres de l’ethnie du nord y compris le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, lui-même, contre seulement deux ministres issus de l’Ouest. Le reste des portefeuilles ministériels étant reparti entre les cadres du groupe Akan. Idem en ce qui concerne les forces de défense et de sécurité. Les hauts officiers du groupe ethnique Krou dont sont issus Laurent Gbagbo et le général Robert Guéi, sont quasiment exclus de la hiérarchie. Pour beaucoup d’observateurs, cette politique d’exclusion qui s’apparente à une vengeance sur un groupe ethnique n’est pas faite pour créer les conditions idoines de la réconciliation qui peine à se mettre en place.

Pour revenir à la situation de l’armée ivoirienne qui compte aujourd’hui un effectif de 23 000 hommes, les deux forces ennemis d’hier – les ex-rebelles et les forces régulières, ex-Fanci (Force armée nationale de Côte d’Ivoire), forcées de cohabitées ensemble, ne se sont pas non plus réconciliées. Manifestement, la réforme du secteur de la sécurité (RSS) qui a coûté plusieurs centaines de milliards de francs aux contribuables, n’a pas changé la donne comme le prouvent les  mutineries sauvages devenues les seuls moyens d’expression des militaires pour revendiquer des droits. Cette armée hétérogène déstructurée que la Côte d’Ivoire traine comme un boulet depuis au moins deux décennies ne fait plus la fierté des Ivoiriens. Aux yeux de nombre d’entre eux, elle a délaissé sa mission régalienne qui consiste à veiller à l’intégrité du territoire et à protéger les citoyens. Cette armée est devenue, au contraire, un véritable danger public pour les populations et la stabilité du pays. Pendant ce second mandat, Alassane Ouattara réussira-t-il à prendre les bonnes décisions pour s’engager dans une justice sociale et la réconciliation nationale, instaurer enfin une discipline militaire exemplaire dans les casernes, imposer son autorité de chef suprême des armées, faire respecter les institutions de la République (…) ? Attendons de voir.

(Article publié dans la parution du mois de février du magazine Diasporas News)

La question ne se pose même plus depuis le 20 janvier, date de la prise de fonction officielle de Donald Trump à la Maison Blanche. En quelques jours semaine seulement d’exercice du pouvoir, le 45e président des Etats-Unis cristallise en sa personne toute la haine et la colère de la terre entière. Son décret anti-immigration, pour, soit disant, protéger son pays contre les terroristes étrangers a été recalé par la justice parce qu’il porte gravement atteinte aux droits de l’Homme et est contraire à la constitution américaine. Car, il vise spécifiquement les ressortissants de sept pays musulmans : la Somalie, la Libye, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Soudan et le Yémen. Un camouflet pour Trump qui a vu également son appel pour le rétablissement immédiat de son décret rejeté par la Cour d’appel. Malgré ce désaveu criard, l’administration Trump ne veut pas en rester là. Conséquence de cette mesure arbitraire d’un autre âge, des centaines de personnes et des  familles originaires de ces six pays musulmans se sont vus bloqués injustement dans les aéroports bien qu’étant munis de visa ou de Green card délivrés en bonne et due forme par les autorités compétentes américaines. Cette discrimination a indigné plus d’un dirigeant dans le monde. Entre Washington et Téhéran, le torchon brûle à nouveau alors que les relations étaient relativement au beau fixe depuis quelques années. Le président irakien, Hassan Rohani, s’est offusqué de cette décision anachronique prise par l’administration Trump. Il a rappelé que « nous ne sommes plus à une époque où on construit des murs entre les nations. Ils ont oublié, qu’il y a quelques années, le mur de Berlin s’est effondré. » Les six pays musulmans concernés par cette décision ubuesque ont appelé à appliquer la forme de réciprocité qui convient en de telle circonstance. Bien évidemment, tout cela n’est pas sans conséquences pour la première puissance mondiale, quand on sait l’étendue de ses intérêts dans cette région du Golfe qui concentre des atouts géostratégiques majeurs. Elle est la première réserve mondiale en hydrocarbures, les voies de transit maritime stratégiques pour le commerce mondial passe par là, et elle est une zone d’interconnexion Europe-Asie et Asie-Afrique. L’OCI (Organisation de la coopération islamique), l’Onu, l’UE et les dirigeants de l’Europe occidentale à l’exception de l’Angleterre ont condamné avec la plus grande fermeté cette loi anti-immigration. Que dire du mur que Trump veut ériger entre les Etats-Unis et le Mexique pour stopper, selon lui, l’immigration illégale pour un coût s’élevant à 8 milliards de dollars qu’il compte faire supporter à son voisin jugé encombrant ? Encore un autre acte provocateur de nature à détériorer les relations de bon voisinage. Mais, l’indifférence et l’insouciance de Donald Trump devant la vague de réactions et de contestations y compris dans son propre pays, offusquent plus d’une personne. Trump a-t-il vraiment conscience de la place qu’occupent les Etats-Unis dans le monde, pays considéré comme un modèle de réussite économique, de démocratie, de respect des droits de l’Homme et de surcroît donneur de leçon (…) ? Loin s’en faut.

Celui qui menace l’équilibre du monde ne s’arrête malheureusement pas là. Il augure de faire entrer son pays dans une nouvelle ère de protectionnisme. Il menace entre autres de taxer les patrons américains qui seraient tentés de délocaliser leurs entreprises à l’étranger. Ce fut le cas par exemple de Ford dont les dirigeants ont été sommés de renoncer à leur projet après un tweet de Trump à leur adresse. Dans sa tour d’ivoire, le monde s’arrêterait certainement aux portes de Trump. Le milliardaire menace de retirer le Traité Transpacifique (TPP) avec l’Asie signé en 2015 par Barack Obama, de renégocier le partenariat de libre-échange avec le Canada et le Mexique (Alena) ratifié en 1993 par Bill Clinton (…) La liste des mesures est non exhaustive.  Sur la question du protectionnisme et son impact sur les investissements étrangers directs, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a toujours été sans équivoque. Selon l’OMC « Il existe de nombreuses restrictions et un nombre croissant de mesures protectionnistes qui ont pour effet de paralyser l’investissement étranger direct (IED). Ces restrictions et ces mesures affectent la libre circulation des marchandises, des services et des capitaux, au détriment des investisseurs potentiels et de la croissance, qui est particulièrement menacée par la crise économique mondiale actuelle. Cela a aussi une incidence sur les objectifs des Accords de l’OMC. » Trump veut faire bouger aussi les lignes à l’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Pour lui, cette alliance politique et militaire qui compte aujourd’hui 28 membres auquel appartiennent les Etats-Unis depuis sa création en 1949, est devenue obsolète et pourrait entrainer une troisième guerre mondiale. Cela se comprend. Vu l’antagonisme qui a toujours existé entre l’Otan et la Russie, celle-ci pourrait être un obstacle à l’amitié russo-américaine prônée par les deux hommes les plus puissants du monde. A l’évidence, ces déclarations ne sont pas de nature à plaire aux 27 autres membres attachés à la résolution pacifique des différends. Dans le camp de Moscou, cela n’a toujours pas été la conduite à tenir comme ce fut le cas en Ukraine où les troupes russes ont aidé les forces séparatistes pro-russes à s’emparer d’une partie du territoire. L’Afrique n’est pas en reste aux déclarations tonitruantes de Trump. Le continent noir est aussi dans le collimateur du nouveau locataire de la Maison Blanche. Le successeur de Barack Obama n’a pas une bonne opinion des dirigeants africains. Jusqu’à preuve du contraire, l’on ne perçoit pas encore très bien la politique africaine de l’administration Trump. Toutefois, le dernier ne cache pas son intention d’aller disputer avec la Chine et les autres puissances présentes, les richesses inépuisables du continent qui regorge les 95 % des réserves de platine du monde, 90 % de minerais de chrome, 80 % de stocks de phosphates (…) Pour beaucoup d’observateurs, les décisions impopulaires de Donald Trump vont indiscutablement impacter l’équilibre du monde.

(Editorial paru dans le magazine Diasporas News)

Alors que le pouvoir gabonais se prépare à renouer le dialogue avec l’opposition dans un contexte de contestation des résultats de la présidentielle, l’affaire de la Poste du Gabon refait surface et risque fort de polluer l’environnement politique. Pour répondre à ses détracteurs et au « lynchage médiatique » dont il fait l’objet, l’ex patron de cette société d’Etat et ancien ministre, Alfred Mabika-Mouyama, vient de sortir un livre « vérité » pour expliquer les « Controverses et manipulations politiques » qui ont conduit à son limogeage.  

Débarqué en octobre 2015, Alfred Mabika-Mouyama aura attendu seize mois environ avant de rompre enfin le silence après une tempête d’accusations qui s’est abattue sur sa personne et a été relayée par les médias gabonais. Il a choisi d’écrire un ouvrage de 420 pages présenté à la presse ce jeudi 16 février à Paris pour livrer « sa part de vérité » sur la gestion de cette société dont il dit avoir contribué à en faire un des fleurons du pays.

Intitulé « La Poste au Gabon, controverse et manipulations politiques » et paru cette semaine aux Editions du Silence, ce livre ébranle déjà le pouvoir gabonais, selon la presse locale. Cela se comprend d’autant plus que l’ex patron de la Poste fait des révélations troublantes et met en cause l’Etat gabonais ainsi que l’actuel Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet.  Ce qui pourrait bien en faire une affaire d’Etat.

Dans sa contre-attaque, il accuse le chef du gouvernement d’Ali Bongo, alors ministre du Budget à l’époque des faits, d’être à l’origine de l’hémorragie financière et du détournement des subventions de l’Etat. Le préjudice s’élèverait à près de 15,24 millions d’euros ! « S’agissant des subventions, explique-t-il, elles ont été amputées et détournées de leur destination initiale par le ministre du Budget de l’époque qui a signé le 16 juin 2011 un protocole d’accord avec Internet-Gabon (société avec laquelle La Poste était en litige) dans le dos de la Poste. »

Dans le litige qui a opposé La Poste SA et la société Internet-Gabon à propos des subventions versées à cette structure à l’insu du PDG de La Poste, l’auteur accuse l’actuel Premier ministre d’avoir trompé la justice. « Pour comprendre comment le ministre Issoze-Ngondet a trompé le tribunal, il suffit d’ouvrir le protocole d’accord pour constater que, contrairement à ce qui est écrit par les juges, La Poste SA n’a signé aucun accord transactionnel. »

L’auteur dénonce un mécanisme de « spoliation » mis en place par l’ancien ministre du Budget qui userait par la même occasion de subterfuges pour se couvrir et lui faire porter le chapeau des fuites de ces subventions. Pour lui, il n’y a aucun doute, si détournement il y a eu, il faut aller chercher du côté du Premier ministre. Alors, il s’interroge : « M. Issoze-Ngondet aurait-il mis en place tout un habile système de détournement de fonds et d’utilisation frauduleuse des subventions prévues au budget de l’Etat ? »

Dans cet ouvrage de vérité, l’auteur ne manque pas non plus de mettre le doigt sur la responsabilité de l’Etat gabonais dans le redressement de l’entreprise. Selon lui, La Poste a été victime d’« une crise de trésorerie, une crise artificielle voulue et organisée par l’Etat. »

Il en veut pour preuves, « la lenteur dans la prise de décision, détournement des subventions, incitations des clients à retirer leurs dépôts pour affaiblir la trésorerie de Postbank, gel des fonds, accumulation d’une dette de 100 milliards de francs CFA vis-à-vis de La Poste. » Au plus fort de la crise, « l’Etat n’a ni couvert les avoirs des épargnants ni libéré un seul centime du capital de la Poste SA et de Postbank », explique-t-il.

Interrogé sur les conséquences de la publication de son ouvrage, il ne cache pas sa crainte pour sa vie et celle de ses proches. Selon l’auteur, avant même la sortie de cet ouvrage « vérité », les services de renseignement gabonais se seraient saisis de cette affaire pour stopper sa parution. « J’apprends que les services de renseignements interrogent ma famille et mes proches. Que veulent-t-ils ? Les livres ! Les agents disent avoir des extraits. Ils soutiennent que je dis « du mal du Président » : « Ces livres ne doivent pas sortir », « on va les interdire », « on va tuer les livres avant qu’ils ne sortent ». « On va le tuer, on a les moyens de l’atteindre ». Eh bien, je suis prêt à mourir pour mon Livre », relate-t-il dans les colonnes d’un journal gabonais en ligne (info241.com).

Celui qui fut successivement ministre du Commerce et de l’Industrie puis de la Jeunesse et des Sports d’Omar Bongo, et très proche de son fils, Ali Bongo, aujourd’hui au pouvoir pour un second mandat, dit avoir sollicité son arbitrage au nom de leur amitié avant et après son limogeage à la tête de Gabon Poste SA. Le silence du président de la République l’aurait laissé perplexe.

C’est pourquoi, il conclut en ces termes : « Je pense que Monsieur Ali Bongo Odimba est président de la République maintenant. En accédant au sommet de l’exécutif, il s’est coupé de nombreuses amitiés. Un Président n’a plus d’amis. C’est ce que je retiens. »

Alfred Mabika a présenté au cours de sa conférence de presse un deuxième ouvrage intitulé « Du cœur à l’ouvrage », une autobiographie publiée chez le même éditeur.

Accusés de diffusion de fausses informations sur la mutinerie des forces spéciales de la semaine dernière, six journalistes ivoiriens ont été convoqués ce dimanche 12 février à la brigade de recherche de la gendarmerie d’Abidjan.

 Coulibaly Vamara et Amadou Ziao, directeur de publication et rédacteur en chef du quotidien L’Inter (indépendant), Bamba Franck Mamadou, directeur de publication du quotidien Notre Voie (opposition), Gbané Yacouba et Ferdinand Bailly, directeur de publication et journaliste du quotidien Le Temps (opposition), Jean Bédel Gnago, journaliste à Soir Info (indépendant) ont été entendus pendant des heures par les gendarmes.

Il est reproché à ces journalistes d’avoir divulgué « de fausses informations de nature à inciter les soldats à la révolte », selon le communiqué du procureur de la République lu sur la première chaine de la télévision nationale (Rti1).

Ils tombent « sous le coup de la loi qui réprime l’incitation des militaires à l’insoumission et à la rébellion, les atteintes à l’autorité de l’État et la publication d’informations fausses se rapportant au secret de la défense et de la sûreté de l’État », précise le même communiqué.

En effet, un mois après les mutineries de janvier, les soldats de l’unité des forces spéciales ont, eux aussi, entamé le 7 février dernier un mouvement de colère pour réclamer une hausse de leurs primes régulières. Les négociations qui s’en sont suivies avec la hiérarchie militaire ont permis de ramener le calme dans leur caserne.

La plupart des organisations de presse du pays ont appelé à leur « libération immédiate » considérant que ces arrestations constituent une entrave grave à la liberté de la presse.